Facéties contemporaines (I)

iff-strand-2001-a-space-odysseyAu réveil, j’ai l’habitude de déjeuner en écoutant le journal du jour d’avant. Ce matin je n’aurait pas dû. Les stagiaires de la RTS ont réussis à nous refourguer 3 minutes sur le mouvement hippie, dans une séquence intitulée « Suisse & Love ». On y entend Daniel Rossellat, le directeur du Paléo Festival, nous dire le plus sérieusement du monde, qu’il appartenait à une mouvance qui était « pour la Paix et contre la Guerre ».

Admirons tous d’abord le cran d’une telle déclaration. Ce genre de phrase assassine doit faire pâlir tous les méchants du monde. Mais le président du Paléo n’est pas le seul à oser provoquer les gens-qui-sont-pour-la-guerre, Luc Besson aussi l’a fait dans Valérian et la cité des mille planètes. Lui aussi, pense que l’Amour, et bien c’est mieux que la Guerre.

Aller. Donne moi la main. Prend cette pilule rouge et entrons dans le terrier du lapin blanc.

La Guerre, c’est le conflit. Si vous êtes contre la Guerre, cela signifie que vous allez tout faire pour éviter le conflit. Si vous allez tous faire pour éviter le conflit, cela signifie que vous allez accepter de tous céder, pourvu que le conflit cesse, c’est-à-dire que vous n’aller rien défendre du tout. Si il n’y a rien, qui compte assez à vos yeux pour que vous le défendiez, cela signifie que vous n’aimez rien. Être bonnement et simplement contre la guerre c’est l’aveu terrible que vous n’aimez rien suffisamment pour pouvoir le défendre. Voilà la vérité Messieurs-Mesdames les hippies, vous n’avez pas d’amour. Vous ne savez même pas ce que c’est.

Bref, après ces quelques râlements, j’avale un café et part au travail. Et voilà que je croise une collègue. Elle approche la trentaine mais conserve toujours cette allure d’Emo-Gothic-Lolita-Punk qui caractérisent les pré-ado friqués en quête de cadre et d’attention. Naturellement, je lui demande comment elle va. C’est là quelle me sort son baratin de rebelle-frustrée.

« Comment je vais ? Oh non, pas toi. Je croyais que tu t’intéressais à la sociologie. Tu sais très bien que c’est une convention social. Je vais répondre oui, et c’est tout. C’est inutile. »

Blablabla. Oui, effectivement c’est une convention sociale. Toutefois ce n’est pas parce que c’est une convention sociale que forcément ce n’est pas bien. J’en est rencontré à la pelle des comme elles. Ils pensent s’opposer au Système, alors qu’ils en sont les agents Smith les plus fidèles. Et cette remarque insupportable ; C’est inutile.

Aller. Fais moi confiance. Prend cette pilule rouge et entrons dans le terrier du lapin blanc. Le trou est déjà creusé.

Demander « comment vas-tu » est inutile. Bien. Seulement, dit comme ça, alors tout devient inutile. Même un geste aussi important que se nourrir est inutile. Finalement, pourquoi s’alimenter ? Et bien pour survivre. Pourquoi survivre ? Vous l’avez compris, en deux questions son raisonnement d’imbécile est HS. Les raisonnements strictement fonctionnalistes sont l’apanage des abrutis et des économistes.

En effet, pour qu’un raisonnement du style « A quoi ça sert ? » soit pertinent, il faut qu’il soit lié par un référent absolu. C’est-à-dire à un axiome, une vérité auto-référencée qui doit être admise. Par exemple, si je dis « a quoi sert le transistor dans le fonctionnement d’une carte graphique ? » Alors, la question sur la fonctionnalité du composant électronique est référencé sur une Vérité, à savoir : Il faut que la carte graphique fonctionne bien.

Relier l’inutilité d’une chose à la conclusion qu’il faille la détruire, revient à avouer que l’on rêve d’un monde où n’existe que ce qui est utile. Ces agents Smith ne sont pas que de simples marionnettes, ils tractent avec eux les Cerbères de l’utilitarisme marchand. Sa réflexion qu’elle voulait si Punk, n’est qu’une ôde à McDonald.

En fin de journée, il est l’heure de décompresser.

Et puis soudain, je le vois. Lui me voit aussi. Il s’approche. Le pas décidé et le sourire aux lèvres.

– ONG [blablabla], t’as 5 secondes ?
– Non, désolé
– T’as pas 5 secondes pour les droits humains ?
– Et le droit de ne pas se faire emmerder par un type dans ton genre, ça fait partie des droits humains ?

L’employé de commerce-ONG. Je crois qu’il n’y a pas pire espèce. Ils sont postés à toutes les gares comme des essaims de connards. Infatigables, ils sont là toute la matinée à culpabiliser les prolos qui vont au travail. Ils sont la toute la soirée à culpabiliser les prolos qui reviennent du travail. Et entre deux ils pataugent dans une miellasse d’auto-satisfaction. Avec cet air supérieur complètement pathétique. Ils ont cette décontraction dont seul les fils de riches sont capables. Ce je-me-sens-bien, juste bon à te faire te sentir mal. Et puis cette manière de siffloter..

On est cool quand on sauve le monde. On est cool quand on siffle. Ces mecs veulent la panoplie. Ils font des grands gestes. Il faut que tu voies que ce sont des tactiles. Des mecs natures. Des gens ouverts.

Viens avec moi. Prend cette pilule rouge. Ils vont me finir le stock à ce rythme là.

Vous ne bluffez personne. On sait bien ce que vous voulez. On sait bien qu’à chaque signature, vous touchez de l’oseille. Ce que vous voulez, c’est votre prime, tout comme ceux qui vous croisent pour aller bosser. Seulement, ce qui vous donne cette assurance, cette supériorité, c’est que vous voulez le gros lot. La prime mais aussi la bonne conscience en plus. Alors un petit conseil les gars ; Dans le monde qui est le nôtre, quand la prime et la bonne conscience sont dans le même sac, c’est qu’il y a un problème quelque part.

Un vieux hippie. Une gothique de trente pige. Un vendeur de 20. Quand les souris dansent si mal, on en vient à attendre le chat.

– Lain Auser

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Artificialité naturelle

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Plus je cogite sur la Nature, plus je me rend compte qu’elle est partout présente. Elle est la source d’où tout surgit. On dit qu’elle est le bon, le vrai, le pur. Et puis il y aurait l’Homme, celui qui fait tout foirer. Quand un élément est construit par l’Homme, on dit qu’il n’est pas naturel. Il a été construit, il est artificiel.

Ce que j’entends démontrer ici, c’est que le non-naturel, l’artificiel, n’existe pas. En réalité même un embryon humain génétiquement modifié est naturel, et même si l’on entend combattre cette pratique, alors il faut tout d’abord le reconnaitre.

L’homme est un animal, un mammifère au néocortex suffisamment développé pour lui permettre une conscience auto-réflexive spécifique. Les organes sont développés selon des instructions codées dans l’ADN. L’espèce humaine, tout comme les autres espèces naturelles, peut être vu comme le produit d’une évolution darwinienne. Puisque la pensée est permise par le néocortex, et que celui-ci est le fruit de la Nature, alors la pensée elle-même peut-être définie comme naturelle. Il est naturel à l’Homme de posséder une conscience auto-réflexive, tout comme il est naturel pour un éléphant d’avoir un odorat très développé.

Par sa pensée, l’Homme conceptualise le monde et le modifie en agissant sur lui. Tout comme les fourmis modifient l’organisation de la forêt pour ériger leur fourmilière, les humains fondent des villes et des Nations. Si lorsque nous parlons d’une ruche, nous la qualifions volontiers d’œuvre de la Nature, il ne viendrait à l’idée de personne d’en faire autant lorsqu’il s’agit d’un building. Pourtant quelle différence entre l’habitation de deux espèces issues de la Nature ?

D’ailleurs, dire que nous sommes « issu » de la Nature est encore une faute. Cela voudrait dire que nous en sommes sortis, que nous n’y sommes plus. Rien n’est plus faux. Nous sommes la Nature à l’œuvre, tout comme les abeilles, les biches, le vent, les forêts, le courant électrique, les machines à vapeur, et nos buildings.

Cette distinction entre l’Homme et la Nature me semble être une conséquence du Christianisme en premier lieu, puis des religions monothéistes en général. C’est le Christianisme qui déclare que Dieu (élément exogène au monde par excellence) a créer l’Homme ET la Nature au service de l’Homme (justifiant par là-même l’exploitation irréfléchie de ses ressources naturelles).

Les avis qui divergent du mien ne me dérangent pas du tout, mais les positions absurdes et hypocrites m’exaspèrent, c’est pourquoi il vous faut faire un choix. Soit vous assumez pleinement être créationnistes, et pensez qu’un élément non-humain et non-naturel, à créer l’Homme (distinct de la Nature) puis la Nature (distincte de l’Homme). Ou alors vous pensez que seul la Nature existe, et qu’elle est partout et tout le temps à l’œuvre, auquel cas aucun élément ne peux être qualifié de non-naturel (oui, oui, même le diéthylamide d’acide lysergique de Sandoz).

Ce papier n’a pas pour but d’encourager l’industrie pharmaceutique, le complexe militaro-industiel, et les megastructures commerciales, au détriment des médecines alternatives, de la marche en famille, et des fermes de village. Non, absolument pas. Toutefois, je pense qu’il nous faut sortir à tout prix du schéma simpliste et simplifiant : Nature = BIEN / Homme = MAUVAIS.

La Nature n’est pas forcément bonne (l’Amanite tue-mouche est un champignon tout à fait naturel, pourtant elle est un poison pour de nombreuses espèces), l’Homme n’est pas forcément plus mauvais que la Nature, et de toute manière cette distinction n’a aucun sens puisque l’Homme EST la Nature ou tout du moins un aspect de sa formidable bio-diversité.

Mon article aura atteint son but, si par exemple :

  • Lorsque les médecins alternatifs s’attaquent à la bio-médecine occidentale, ils abandonnent le discours « nous c’est plus naturel, donc c’est mieux », pour déclarer haut-et-fort « nous avons découvert des variables que vous ne connaissez pas, en les appliquant on constate que nos méthodes sont plus efficace que les vôtres.
  • Lorsque les écologistes s’expriment, ils arrêtent avec les slogans comme « sauvons la planète ». La planète ne risque absolument rien. Elle a déjà subit bien pire que le réchauffement climatique (glaciations, éruptions volcaniques et nuages toxiques titanesques). Il y a 66 000 000, lorsque la comète de Chicxulub c’est écrasée sur le Mexique, l’explosion était plusieurs milliards de fois celle de la bombe d’Hiroshima (nous sommes des petits-joueurs). Cela a provoqué l’extinction des dinosaures, mais permis également à de nouvelles espèces d’émerger. La Nature est surpuissante, ne pensons pas la menacer ou devoir la sauver. Tant de narcissisme se situe entre le risible et l’absurde. Ne sauvons pas la planète, sauvons notre espèce en contrôlant de manière plus optimale les retro-actions à long-terme de nos choix de production.

La Nature, dans ses formes complexes d’organisations, a permis l’émergence de la conscience auto-réflexive. Entre elles, les consciences se fécondent. Nous dialoguons, échangeons, combattons. Dans le brouhaha des usines mémétiques, nous nous étourdissons jusqu’à en oublier qui nous sommes. Nous sommes la Nature à l’œuvre.

 

– Lain Auser

Baizuo

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Baizuo (白左) signifie littéralement « gauche blanche » en chinois. Depuis quelques temps, on voit fleurir ce terme sur les plateformes chinoises de discussions en ligne. Il est apparu la première fois sur le forum « Zhihu » pour ridiculiser l’extrême gauche des pays occidentaux. Ceux qui « […] ne se soucient que de sujets tels que l’immigration, les minorités, la communauté LGBT et l’environnement » et « n’ont aucun sens des véritables problèmes du monde réel ». [Ceux qui] sont des hypocrites humanitaires qui rêvent de paix et d’égalité pour satisfaire leur propre sentiment de supériorité morale. [Ceux qui] sont obsédés par le politiquement correct au point de « tolérer les valeurs islamiques au nom du multiculturalisme ». [Ceux qui] croient en l’état-providence qui « ne bénéficie qu’aux inactifs et aux profiteurs ». [Ceux qui] sont des « Occidentaux arrogants et ignorants » qui « ont pitié du reste du monde et se perçoivent comme des sauveurs ». On pourrait rapprocher ce terme de l’expression « gauche régressive« .

Comme nous le précise medias-presse, la prolifération de ce terme a été favorisée par les images de ces enfants gâtés capricieux, hystériques et haineux, après l’élection de Donald Trump aux USA. Ces « progressistes » sont considérés, non seulement comme des immatures, mais également comme des cinglés [vidéo ici]. Pour ZeroHedge, lorsque les chinois utilisent le terme de Baizuo, ce n’est pas simplement pour parler de réactions enfantines et naïves mais surtout d’individus complètement malsains.  En Chine, les Baizuo symbolisent la faiblesse inhérente aux démocraties occidentales.

Selon Opendemocracy, le terme est apparu il y a deux ans mais à présent il est l’un des plus utilisés sur les réseaux sociaux chinois. Angela Merkel a été la première politicienne à être qualifiée de Baizuo à cause de sa décision d’ouverture des frontières lors de la crise européenne des migrants. Shengmu (圣母) est un autre terme qui a été largement utilisé par internautes asiatiques signifiant littéralement « sainte mère » afin de désigner ceux qui ont des réactions « […] sur-émotionnel, hypocrite, et trop empathique ». Toujours selon Opendemocracy, la prolifération du sentiment anti-baizuo est clairement en lien avec un certain pragmatisme brutal de la Chine post-socialiste.

Comme le précise le podcast Weimerica Weekly Episode 70 ce qui est particulièrement intéressant dans le phénomène Baizuo, c’est le fait qu’un pays communiste, qui est passé par la plupart des propositions de l’extrême gauche européenne, et qui sait à quelle point cette idéologie est infernale, perçoit les Baizuo comme des naïfs détachés de la réalité.

Dans le cadre de la concurrence internationale, chaque projet civilisationnel pense qu’il est celui qui doit triompher. Il y a une lutte politico-culturelle inhérente à la multitude des communautés. Le Baizuo prouve que si les chinois acceptent cet état de fait, ils ont toutefois un infini mépris pour ceux qui symbolisent les contradictions internes des démocraties social-libérales occidentales.

– Lain Auser

Allemagne année zéro

allemagne-annee-0b« L’Allemagne année zéro » est un magnifique film italien de Roberto Rossellini, sorti en 1949. L’histoire se déroule juste après la deuxième guerre mondiale. On y voit la famille Köhler, évoluer dans les ruines de Berlin après la capitulation allemande.

Dans un décors d’extrême-pauvreté, on assiste à l’abattement moral collectif et aux quelques stratégies pour échapper aux difficultés matérielles. Ce qu’il y a de fabuleux dans ce film, c’est que même si les personnages vivent une vie tragique, ils ne semblent presque pas s’en rendre compte. En témoigne les séquences où Edmund, le cadet de la famille, tente de jouer au foot ou de s’amuser dans les décombres pour tromper ses problèmes de conscience.

Loin de l’héroïsme tragique, nous sommes ici dans un tragique de la lassitude, comme l’explicite l’auteur lui-même. Si les acteurs incarnent si bien le néant d’après-guerre, c’est parce qu’aucun n’est acteur professionnel. Ils sont tirés de l’atmosphère même qu’ils restituent.

Edmund, l’innocence d’un enfant face aux réalités brutales, qui petit à petit tentera de se sculpter lui-même, d’intégrer des valeurs. Mais au fil des situations auxquelles il se trouve confronté, bien loin d’un sens et d’une vision du monde qui se constitueraient en lui, c’est plutôt une somme de contradictions qui semble grandir, devenant de plus en plus insoutenable. Ce que Rossellini nous décrit dans ce film, c’est le vide moral découlant d’une absence de projet collectif où l’individualisme devient la norme, « c’est chacun pour soit » comme le dit la sœur d’Edmund. Cette absence de moralité, conduit l’âme la plus pure du film (le petit garçon) au nihilisme le plus radical. Une dénégation des valeurs qui le poussera jusqu’à provoquer l’irrémédiable.

Ce film est un document descriptif, sans sentimentalisme ni victimisation. Une image, froide et violente comme le réel, belle et tragique comme la jeunesse.

Lain Auser

Sinofuturisme

Sinofuturism (1839 – 2046 AD) from Lawrence Lek on Vimeo.

« Le Sinofuturisme est un mouvement invisible. Un spectre déjà intégré dans un billion de produits industriels, un milliard d’individus, et un million de récits voilés. C’est un mouvement qui n’est pas basé sur les individus mais sur une multiplicité de flux qui se chevauchent. Flux de population, de marchandises, de processus. Parce que le Sinofuturisme a surgit sans intention ou autorité consciente, il est souvent confondu avec la Chine contemporaine. Mais il n’en est rien. Il s’agit d’une science fiction qui existe déjà.« 

Sinofuturisme est un essai vidéo qui combine des éléments de science-fiction, de mélodrame documentaire, de réalisme social, et de cosmologie chinoise dans le but de critiquer les dilemmes de la Chine contemporaine et les gens de sa diaspora.

En référence à l’Afrofuturisme et au Golf-futurisme, le Sinofuturisme présente une approche critique et ludique pour subvertir les clichés culturels.

Pour les médias occidentaux et pour les perceptions orientalistes, la Chine est exotique, étrange, bizarre, kitsch, ringarde, et de mauvaise qualité. Dans les médias chinois, le pays est dépeint comme héroïque, stable, historique, grand et unifié. Plutôt que de contrebalancer ces récits biaisés, le Sinofuturisme propose de les pousser encore plus loin.

En embrassant sept stéréotypes de la société chinoise (les ordinateurs, les copies, les jeux-vidéos, les études, l’addiction, le travail, les jeux d’argent), l’essai vidéo démontre comment le développement de la technologie chinoise peut être vu comme une forme d’intelligence artificielle.

– Description de Lawrence Lek, traduite par Lain Auser

Fintech et gestion financière

Le 06 mars 2017, Fiona Frick publie dans LE TEMPS un article sur ce qu’elle nomme la gestion d’actif 2.0.

Elle y parle de la transformation des pratiques de gestion financière, à l’aune de la révolution numérique. Jusqu’à récemment, les gérants d’actifs financier basaient leurs calculs et prospectives d’après les rapports annuels de sociétés, les statistiques économiques publiques ou les rapports exigés par les autorités de régulations. Hors, aujourd’hui, les entrées d’informations se sont démultipliées : capteurs météos, réseaux sociaux, images satellites (comprendre l’état du marché immobilier dans une région précise par exemple), vidéos en ligne, transactions dématérialisées, signaux GPS, etc..

Fiona Frick nous donne un chiffre clé pour comprendre l’ampleur du phénomène ; 90% des données existantes ont été créé lors de ses trois dernières années. Toutefois, ces données ont beau être nombreuses, elles n’en restent pas moins complexes et assez incompréhensibles. C’est pourquoi, l’alliance avec les fintech est, pour les gérants financiers, indispensables si elles veulent pouvoir décrypter cette masse informationnelle, que ce soit au niveau d’une société, d’un indicateur macroéconomique ou d’une évolution géopolitique.

Si les systèmes d’intelligences artificielles ont commencés par battre l’humain aux échecs, puis au go, et plus récemment au poker, ceux-ci ont toujours certaines limites, comme le fait qu’un apprentissage acquis dans un contexte particulier ne peut pas être transféré dans un autre contexte. Les robots ont également de la peine avec l’ambiguïté. Ces limites suffisent-elles à protéger le travail du gestionnaire d’actifs contre son remplacement par une machine algorithmique ?

Pour Mme Frick, le futur est plus à chercher dans la coopération homme-machine que dans un éventuel remplacement. En effet, la plupart des machines actives dans la finance utilisent le machine learning. C’est-à-dire qu’on donne au système, des données entrantes et une série de résultats obtenus, et celui-ci doit se débrouiller pour nous indiquer quelles sont les entrées qui ont produits le plus de résultats. Ceux-ci peuvent ensuite être interprétés pour savoir par exemple, quelles données de marché annoncent le plus de mouvement financiers.

– Lain Auser

Bitcoin > Or

Dans un article du 4 mars 2017 pour le journal BILAN, Fabrice Delaye, attire notre attention sur la nuit du 2 au 3 mars 2017, lors de laquelle, pour la toute première fois, le cours du bitcoin a dépassé celui de l’or.

L’expert à TA-Swiss nous rappelle qu’en 1971, Nixon invente le concept de debasement, c’est-à-dire que dès lors, toute monnaie scriptural n’a plus besoin d’avoir une base matériel, un stock d’or, nécessaire aux remboursements en cas de panique financière. C’est cette décision politique qui a permis le quantitative easing des banques centrales ces dernières années, c’est-à-dire la création sans limite de monnaie. Technique de la planche à billet qui permet à l’Europe et aux États-Unis d’éviter les faillites, et à la Suisse d’assurer sa compétitivité.
Pour Delaye, le debasement permet de tricher avec la réalité en permettant le financement du too big too fail. Par peur de ruiner simultanément, les épargnants, les consommateurs et les salariés, ce système fonctionne mais produit, bien évidemment, des inégalités énormes.

C’est pourquoi, tout comme l’or, le bitcoin est une valeur refuge pour ceux qui doutent de la solidité d’un système financier débasé, c’est-à-dire fortement dépendant de la situation géopolitique de ses principaux acteurs. Fabrice Delaye est clair « […] si pendant 5000 ans, l’or a été le plus fiable moyen de conserver de la valeur, le bitcoin est devenu son concurrent crédible pour les 5000 ans à venir« 

Le bitcoin est divisible, se déplace très facilement et sa cryptographie (blockchain) le rend plus vérifiable que n’importe quoi, il est aussi universel et sans propriétaire particulier au départ.
Mais le point le plus important est sa rareté, puisque le nombre de bitcoin est limité par construction, alors que même pour l’or, on ne sait pas quelle quantité la terre en recèle.

Fabrice Delaye termine son article avec une prospective chiffrée intéressante ; si le bitcoin venait à remplacer l’or, chaque bitcoin vaudrait plus de 500’000 dollars.
– Lain Auser

Dataghost 2. La machine de calcul kabbalistique

RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

Dès le 1er siècle, les juifs pensaient que la Torah et les autres textes religieux clés contenaient des vérités encodées et des significations cachées. Ils utilisaient un système nommé Guematria pour les révéler. D’après ce système numérologique, chaque lettre en hébreux correspond à un nombre (par exemple : 1 pour Aleph, 2 pour Bet, 3 pour Gimel, 4 pour Daleth, etc…). Les kabbalistes ont étendu cette méthode aux autres textes et, en convertissant les lettres en nombres, ont cherchés les significations cachées derrière chaque mots. Une autre technique herméneutique utilisée par la Kabbale est le Temurah, qui réarrange les mots et les phrases pour en déduire une signification spirituelle profonde. Le Notarikon quant à lui, créer des mots à partir de lettres prises à la fin, au milieu et au début d’autres mots.

RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

Le collectif français RYBN.org a appliqué ce système de transformation, association et substitution numérologique aux ordinateurs. Leur installation Dataghost 2 est une machine de calcul kabbalistique qui cherche à révéler les messages cachés enterrés sous le trafic de données.

En suivant le système alpha-numérique kabbalistique, les fragments de code vont générer des millions de commandes shell, dont la plupart seront non-cohérentes et non-fonctionnelles. Toutefois, de temps en temps, la commande va « faire sens » pour l’ordinateur. La machine va l’interpréter comme une tâche qui doit être exécutée. A ce moment précis, la machine exécute le rituel d’invocation du Golem digital.

Cependant, il n’y a aucun moyen de prédire où le rituel pourrait conduire la machine. Les commandes exécutées pourraient saturer la capacité mémoriel de la machine, provoquer un arrêt définitif de la couche software, où dépasser plusieurs limites critiques qui provoquerait la surchauffe de certain composants électroniques, voir conduire à la destruction partielle d’une couche physique. Au cours de sa vie, le système publie constamment son activité auto-destructrice sous forme d’impressions de toutes les différentes commandes.

J’ai découvert ce travail il y a deux jours, au festival Artefact à STUK dans le Louvain. (juste 15mn après Bruxelles donc prenez le train si vous êtes en Belgique parce que le spectacle est aussi enchanteur que la suggestion de ses thèmes). Dataghost 2 est mort. Elle est arrivée assez tôt. L’échange de mails durant lequel les artistes et STUK ont tentés de savoir ce qui c’était passé à été imprimé et ajouté dans la galerie d’exposition. Les emails révèlent que le système a probablement effacé un fichier critique ce qui aurait conduit le processus entier à son terme.

L’installation est toujours exposée, bien qu’en dead mode. L’imprimante et l’écran restent congelés.
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

J’ai trouvé le travail brillant. D’un côté c’est super complexe et déroutant tout comme le sont la plupart des pratiques ésoteriques. Et d’un autre cela démontre, avec une grande simplicité et efficacité, que les algorithmes (et par extension tous systèmes technologiques) sont simplement aussi rationnels (ou irrationnels) que les humains qui les programment.

– Traduction d’un article de we-make-money-not-art.com

– Lain Auser

L’Ere de la myriade

myriadismeVous vous êtes emparé de la société occidentale, et vous l’avez démontée pièce par pièce. Vous avez bien fait. Votre besoin de compréhension, vos désacralisations, vos remises en question ont été saines et intelligentes.

Mais aujourd’hui ? Une fois que le tissu de croyance est effiloché, que le motif résultant d’un ingénieux maillage disparaît au profit de la réponse à la question qui vous à tant obsédé : De quelle pelote exactement chaque fil provient-il ? Une fois que les sacralisations obscurantistes ont été démystifiées, que la lumière de la rationalité à brûlée vive les dernières prétentions apotropaïques ? Après tous ce travail artistique, littéraire, scientifique, philosophique, après toutes ses déconstructions, que reste-t-il ? Précisément, il ne reste rien.

Vous avez désossé nos monstres, nous voilà confronté au vide. Vous avez liquidé nos ennemis, nous voilà face à la solitude. Une solitude telle, que l’on en devient les ennemis de nous-même.

Dans votre hystérie déconstructiviste, vous gesticulez sur le sable brûlant, cherchant désespérément le moindre caillou, la moindre poussière que vous pourriez déconstruire, persuadé que vous êtes, que l’angoisse qui vous ronge, la solitude qui vous habite, vient de l’oppression qu’exerce ce caillou, de l’immoralité de cette poussière. Certains, pire encore se mettent à déconstruire les rares tentatives de ceux qui construisent, sous prétexte que ceci leur rappel un fantôme d’antan. N’avez-vous pas compris que lorsqu’il n’y a plus rien, toute présence ne peux que vous rappelez le passé ?

Peut-être que vous ne pouvez pas changer. Peut-être devez-vous mourir et céder votre place. Car dans le monde aride qui est le notre, et que vous avez contribué à provoquer, nous avons besoin d’une nouvelle attitude, d’un nouveau tempérament.

Nos artistes doivent ériger de somptueuses demeures, installer des forêts luxuriantes, inventer des plantes, irriguer les sables, produire de nouveaux oasis, architecturer l’iydillique.

Vous en êtes encore à la lutte contre le système, alors qu’il s’agit maintenant de faire proliférer des systèmes. L’ère de l’élimination simple est obsolète, le jeu actuel consiste à peupler les abimes. La destruction est démodée, nous en sommes à la myriade.

– Lain Auser