Ordre Teilhardiste Européen

Complexification Teilhardiste

Celui capable d’observer les courants souterrains de l’Histoire s’aperçoit qu’au-deça du Spectacle quotidien, trois abîmes s’unissent et emportent le Monde. L’Immense, L’Infime, et Le Grand Complexe. Les deux premiers sont des mesures spatiales, le troisième s’exprime en degré d’organisation, mais tout trois possèdent ce que Hegel nommait la Loi de la transformation de la quantité en qualité. C’est-à-dire qu’à chaque zone dimensionnelle nouvelle correspond des propriétés nouvelles.

Portons notre regard sur l’infiniment petit ; il n’est plus un secret pour personne que les Lois qui structurent notre vie de tous les jours (Loi de la gravité, Loi de la thermodynamique, Loi de l’électromagnétisme, etc…) ne sont plus du tout valable au niveau subatomique comme le démontre la physique quantique et ce sont de nouvelles Lois qui régissent dès lors ce milieu. On voit donc qu’une certaine réduction de la taille (quantitatif) entraîne un changement de propriétés (qualitatif). Il en est de même pour l’infiniment grand et, nous précise Teilhard de Chardin, il en est également de même pour le Grand Complexe.

Pression démographique, intensification de la division du travail, croissance exponentielle de la puissance technologique ne sont que les effets visibles de cette complexification du Monde. L’eschatologie religieuse, la singularité technologique sont pour nous autant de désignation pour anticiper le changement qualitatif d’un monde atteignant un nouveau palier dans sa complexification croissante. L’Homme cours inéluctablement à sa synthèse qu’il le veuille ou non. Le problème de l’homme moderne, c’est donc de découvrir, parmi les diverses formes de collectivisation possibles, celle qui est la bonne c’est-à-dire celle qui prolonge le plus directement la noogénèse dont il est issus. Il s’agit d’éviter les impasses et de trouver en avant l’issue de l’Evolution.

Obligation d’un Futurisme et d’un nouvel Ordre Mondial

L’entier du spectre politique européen actuel est à des années lumières de ces considérations. Le Futur, comme tous ces topics abandonnés par la pensée contemporaine, termine dans les bras du Capitalisme marchand et devient ce que l’on nomme très justement le transhumanisme. Ce Moloch, résultant de la pensée moderne, nous ne pouvons ni l’aimer, ni nous aimer en elle. Voilà pourquoi elle nous mécanise au lieu de nous achever. Sur la pensée du futur, donc sur le Futurisme, nous avons deux convictions ; La première c’est que Marinetti aurait haï le transhumanisme, la seconde c’est qu’il aurait jugé sublime le Monde d’aujourd’hui. Sublime parce qu’il savait tout autant que Teilhard de Chardin que dans la souffrance est cachée, avec une intensité extrême, la force ascensionnelle du Monde.

Le vieux système bipolaire de la guerre froide a cédé sa place à un Monde multipolaire où les pays nouvellement développés jouent un rôle toujours plus important dans la géopolitique mondiale, les réseaux donnent à chacun une puissance inouïe, le Monde s’interconnecte comme jamais il ne l’a été (une guerre au Moyen-Orient déstabilise l’Europe), la production s’automatise chaque jour un peu plus, des algorithmes dans les serveurs de Wallstreet décident du destin d’entreprises chinoises, sans parler de la crise écologique qui force la mise en place d’une conscience collective terrestre, et par là même provoque l’avènement d’un Nouvel Ordre résultant des propriétés d’une nouvelle complexité.

Nombreux sont ceux qui refusent le Nouvel Ordre Mondial de l’oligarchie bancaire supranational mais à présent, il nous faut également affirmer Notre Nouvelle Ordre Mondial. Un Ordre qui, au lieu de nous asservir, nous rapproche et nous libère. Nous devons libérer le Futurisme du transhumanisme pour lui rendre sa substance poétique. C’est ce que nous appelons ici l’Ordre Theilhardiste. Il s’agit donc d’un Futurisme, mais soyons clair ; ce que nous appelons Futurisme n’est pas une fuite en avant, un exil spéculatif. Il est l’ici-et-maintenant délivré du passéisme. Il est ce qui permet d’être à jour sur le monde d’aujourd’hui. Il est une astuce cognitive qui permet de compenser l’inertie des représentations mentales de l’époque.

A la mondialisation standardisante, acculturante et ethnocide, nous devons opposer un universalisme particularisant. Non seulement il est impératif que les cultures ne se perdent pas, mais il faut qu’elles se développent, se magnifient, s’illuminent. Il faut qu’elles communiquent entres elles et se singularisent. Il est une erreur courante de penser que la communication engendre la standardisation. Au contraire, c’est en ayant accès à la palette des vastes couleurs du Monde que je peux au mieux façonner mes propres œuvres. Anne-Marie Thiesse à montré que la nationalisation presque simultanée des différents espaces européens étaient un phénomène collectif. Chaque nation à modelé son drapeau, son hymne, son folklore, ses récits en s’inspirant du processus des nations voisines. La standardisation actuelle des cultures sur le misérable modèle américain est l’antithèse de la fécondation inter-culturelle que nous proposons. Le premier produit le sous-prolétaire abrutis par l’industrie culturelle, le second produit les jazzmen.

Ce nouvel Ordre Mondial doit reposer sur une symétrie des puissances

Il est urgent d’intégrer que le monde se construit en permanence, quoi qu’il arrive. Le Futurisme consiste à architecturer cet avenir, il s’agit donc de savoir qu’elle forme prendra la construction future. Nous avons vu que la crise écologique (entre autre) pose un nouvel impératif : la nécessité vitale d’une coordination globale. Cette unification du Monde peut prendre de multiples chemins. Nous en retiendrons deux principaux. Soit l’absorption totale du Monde par l’Impérialisme Américain et son Idéologie (la multipolarité de la géopolitique actuelle ne diminue en rien l’américanisation des esprits). Soit l’égalisation planétaire des rapports de forces géopolitiques. A court-terme et au-delà du Bien et du Mal, le maître et son esclave sont tout autant unis que deux camardes. Si nous agissons ici pour la camaraderie plutôt que pour le rapport maitre-esclave ce n’est pas uniquement pour des raisons éthiques, bien qu’elles soient d’une importance capitale mais également et surtout pour des raisons d’Evolution de l’Espèce Humaine.

Tout le travail d’Hegel, puis de Marx et Engels est là pour le démontrer. L’Histoire ne peut aller que vers une symétrisation des rapports sociaux. Dans un rapport maître-esclave, seul l’esclave possède un rapport actif à la nature. Le maître ne possède qu’un rapport indirect, médié par l’esclave. C’est en transformant le Monde que l’on se transforme, et c’est précisément ce rapport, cette Bildung, qui fait de nous des humains. Nous sommes les moteurs de l’Histoire et le serons toujours. Les maîtres ne produisent rien, ne transforment rien, ne sont rien. Ils sont voués à disparaître. Voilà pourquoi nous préconisons la camaraderie.

En vue de la constitution d’un Ordre planétaire aux rapports de force égalisés, il est donc essentiel de s’allier d’avantage avec l’Est. La constitution d’un bloc Eurasiatique permettra l’alliance de la technologie européenne et des grands espaces Ouraliens. Il ne s’agit pas ici d’incriminer les USA. Nous considérons que les nations colonisées sont avant tout des nations colonisables. Il s’agit de tendre vers une coordination international des peuples, ce qui nécessite une certaine symétrie des puissances. Ceci est plus que jamais possible dans le monde multipolaire d’aujourd’hui. Partons de là où nous sommes, il faut donc des Nations saines qui représentent des personnes regroupées par affinités culturelles, linguistiques et historiques. Liées organiquement entre elles par la constitution d’une véritable Europe qui ne soit pas seulement économique mais aussi et surtout politique et culturelle. Europe incorporée dans un bloc Eurasiste en vue d’une égalisation des rapports de forces planétaires, ce qui ne veut pas dire troquer notre maître américain contre un maître russe mais se servir de la volonté de puissance russe pour atteindre l’indépendance européenne, tout en maintenant des échanges constants entre l’ensemble des peuples planétaires comme nous l’exige les nécessités de l’époque actuelle.

 

– Lain Auser

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