Bernard Stiegler à l’Epitech

tumblr_o2ic286s2k1rk83z9o1_500Nous partageons ici la conférence de Bernard Stiegler pour Epitech et Usbek & Rica. Le discours est passionnant et les pistes dégagées pour le futur sont nombreuses et pour la plupart en parfaite adéquation avec notre ligne politique. Nous vous proposons également ci-dessous notre synthèse d’écoute. Nous vous recommandons vivement d’écouter la conférence malgré la synthèse car de nombreux éléments nécessaires à une bonne compréhension ont été occultés.

 


Conférence audio
[ici]


[SYNTHESE DE L’ECOUTE]

Qu’est-ce que la disruption ?

  • Disruption => to disrupt = bouleverser
  • Le web a créer un phénomène de disruption, c’est-à-dire une très grande accélération de l’innovation.
  • L’innovation c’est ce qui permet le développement de la société, ce n’est pas ce qui permet de la casser. Quand il n’y a plus de société, on commence à se taper dessus.
  • Ex : Innovation « Uber » créer un vide juridique. Dans ce vide, vous n’êtes pas hors-la lois mais vous faites ce que vous voulez quand même.
  • Personne ne tient les reines de la disruption.

Comment y remédier ?

  • Il nous faut « développer à nouveau un vivre ensemble ».
  • Il faut recréer un avenir économique. 50 % des emplois sont menacés de disparition dans les 20 ans => à cause de l’automatisation et des Big Data.
  • Si on perd des emplois, l’économie s’effondre car quand il y a chômage, il n’y a plus de salaire. Sans salaire, il n’y a pas de pouvoir d’achat, donc plus de consommation. Nous allons devoir trouver un nouveau modèle économique.

Le revenu de base est-il ce nouveau modèle économique ?

  • Non, ce n’est pas le RBI qui va permettre ça. Il donne trop peu pour relancer la consommation et on ne peut pas donner au-dessus. Cela  a été étudié, ça ne fonctionne pas. Pour relancer la consommation, il faut faire ce que Ford à fait : Mes ouvriers peuvent acheter la voiture qu’ils produisent, c’est ça qui fait tourner l’économie.

Le meilleur nouveau modèle est le revenu contributif

  • Pour ça il faut un vrai revenu. « Le revenu contributif ». Revenu calqué sur celui des intermittents du spectacle. Un intermittent, c’est quelqu’un à qui on donne de l’argent, pour qu’il puisse développer ce qu’il sait faire. Nous avons besoin de ce modèle car il y aura de moins en moins d’emplois et qu’il faudra de plus en plus de gens qui travaillent.

Quelle est la différence entre l’emploi et le travail ?

  • Être employé c’est se soumettre à une procédure. Tout ça est automatisable. Les algorithmes le font mieux que nous.
  • Le travail n’est pas automatisable. Le travail n’est pas de l’emploi. C’est pour ça que les gens qui travaillent vraiment, souvent se mettent à leur compte. Professions libérales, artisans, artistes.
  • Dans l’avenir on va avoir besoin de plus en plus de gens qui travaillent et de moins en moins d’employés.

Pourquoi aurons-nous besoin de plus en plus de personnes qui travaillent ?

  • Aujourd’hui nous vivons dans l’anthropocène – nouvel ère géologique où l’homme est devenu une force plus grande que les grands équilibres de la biosphère. L’anthropocène, c’est une augmentation du taux d’entropie (augmentation de la dissipation d’énergie, tendance à aller vers la mort thermique, la néguentropie permet aux êtres vivants de différer localement l’entropie et de produire de la diversité naturelle et de la noodiversité (diversité dans la sphère de la pensée, savoirs, cultures, etc..).
  • Le travail c’est ce qui produit ce qu’aucun algorithme ne peut produire. Les systèmes automatisés nous emmènent vers une augmentation de l’entropie car les systèmes automatisés tendent à faire des systèmes fermés. La théorie des systèmes à montré qu’un système fermé, au bout d’un moment finit par s’autodétruire. C’est ça le problème de l’anthropocène. Le travail, contrairement à l’emploi, produit de la néguentropie, c’est-à-dire l’inverse de l’entropie. L’économie de demain aura besoin de beaucoup de néguentropie pour lutter contre l’augmentation de l’entropie.
  • Avec le revenu contributif, on vous donne de l’argent pour vous permettre d’accroitre votre capacité de produire de la néguentropie, la condition c’est que de temps en temps vous allez bosser et allez produire pour une usine, pour un service public comme les intermittents. Pourquoi on oblige ça ? Car si on ne redistribue pas les gains, le système ne tourne pas.

Pourquoi a-t-on besoin d’un nouveau Web Européen ?

  • Ex : Google est à la base un service d’ingénierie linguistique mais aucun linguiste ne travail pour Google. Parce que c’est une vision purement statistique du langage. Il faut un web néguentropique. Un web qui ne repose par sur la calculabilité généralisée. Le web étaient fait pour valoriser la diversité des points de vue. Quand quelqu’un a un point de vue particulier, il n’est pas calculable dans la moyenne. C’est pour ça qu’il est intéressant. Il est négantropique. Il faut réinventer un web européen qui soit un web des incalculabilités. Il faut développer des robots, mais des robots qui aident les gens à travailler (comme chez Wikipédia).

Nous entrons dans une ère post-hacker

  • Les hackers sont des personnes qui cassent les systèmes figés de domination des grandes institutions. Le logiciel libre hack la propriété industriel. Créer des communautés de savoir. Aujourd’hui ces hackers devraient élaborer de nouveaux systèmes sociaux. De nouvelles règles sociales.
  • La première vague de Hacker libertariens est aujourd’hui complètement récupéré par l’anarcho-capitalisme sauvage. Les américains n’en veulent plus. Là où Uber à le plus de problème, c’est à San-Francisco, les gens n’en peuvent plus. L’ère post-hacker, c’est une ère non plus de destruction mais de construction.

Développer de nouveaux réseaux sociaux

  • Les machines vont 4 millions de fois plus vite que nous. Elles stockent nos data. Génèrent un profit. Puis, nous orientent vers un Business Model. Dès ce moment, ce n’est plus nous qui utilisons le système, c’est le système qui nous utilise.
  • Facebook détruit le social. Incite à mettre des trucs sur votre mur qui vous fait perdre toutes vos relations en dehors de ce qui est calculé et calculable par Facebook. Donc vous n’avez plus que des relations par la calculabilité. Les grands amis sont des gens qui ont des rapports incalculables. Facebook n’est pas un réseau social, c’est un réseau anti-social. Il faut développer de vrais réseaux sociaux.

Pourquoi parler à l’échelle Européenne ?

  • L’Europe c’est le premier marché du monde. Si l’Europe se casse la gueule, Tout le monde se casse la gueule.
  • L’Europe est au bord de l’effondrement. Pour que l’Europe reparte il faut qu’elle aie sa propre vision industrielle. C’est pas du tout contre l’Amérique. Il ne s’agit pas de trouver des ennemis mais il faut créer une alternative.
  • Il faut agir à un niveau de masse. Ce n’est pas un pays seul dans son petit coin qui va faire quoi que ce soit.
  • Il faut produire de la diversité. Une diversité qui a du poids doit au moins être continentale.
  • De toute manière, le modèle de la Silicon Valley est insolvable à terme. Il est très spéculatif. Il va se casser la figure et les gens de la Silicon le savent. A Paolo Alto, les adolescents se suicident 4x plus en moyenne qu’ailleurs. Dans cette ville tellement riches, ils ne comprennent pas pourquoi. => Il n’y a pas de culture numérique aujourd’hui. La culture c’est pas le business. Je ne dis pas ça contre le business. Il faut du business pour qu’il y aie de la culture mais on ne peut pas dissoudre la culture au calculs. Ces mômes là souffrent de ça.

Qu’est-ce que la culture ?

  • Culture = Les savoirs qui font qu’on se sent bien. La culture culinaire. La culture physique. Etc..
  • Savoir ça vient de « sapid » qui veut dire saveur. Le savoir c’est ce qui donne de la saveur au monde. Quand vous savez jouer au foot, vous regarder le foot vous « goûter » le match, parce que vous savez apprécier. Il faut créer des clubs d’amateurs. Voilà ce que nous aimons, pourquoi nous aimons ça, etc.. Plateforme : ligne de temps. Pourquoi vous avez aimé ? Pourquoi vous n’avez pas aimé ? Vous ne savez plus le dire. C’est parce qu’il n’y a plus de critique. Il ne faut pas juste une mise à disposition des œuvres, mais également la créations de nouvelles pratiques sociales pour lesquels il y a aussi des business a développer. Et là il faut hacker, parce qu’il y a de gros corporatismes. Google c’est venu comme ça ? Non, c’est le résultat de 40 ans d’investissement de l’armée américain. Il faut une vrai politique internationale en Europe pour développer ce genre de chose, et au départ à perte bien entendu.

Les gens cherchent-ils la culture ?

  • Il n’y a plus non plus d’inclinaison vers ce genre de chose car ça ne se fait pas spontanément, c’est le résultat d’éducation. A la base, on allait pas à l’école pour trouver du job, c’était juste pour être quelqu’un de bien. Quelqu’un qui se sent bien et qui comprend la société dans laquelle il est. Aujourd’hui on dit « il faut apprendre à coder pour trouver du job ». Il n’y aura plus de job, donc c’est complètement con de dire ça. Il faut des gens qui font des trucs biens. Soyons positifs, il y en a. Si Wikipedia tourne avec 800 000 bénévoles c’est qu’il y a beaucoup de gens qui se disent : « Ah je vais travailler sur ce sujet ». Le logiciel libre repose sur le partage de savoir. La déprolétarisation. Quand on ouvre ces perspectives, les gens sont très partants.

– Lain Auser

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