Facéties contemporaines (I)

iff-strand-2001-a-space-odysseyAu réveil, j’ai l’habitude de déjeuner en écoutant le journal du jour d’avant. Ce matin je n’aurait pas dû. Les stagiaires de la RTS ont réussis à nous refourguer 3 minutes sur le mouvement hippie, dans une séquence intitulée « Suisse & Love ». On y entend Daniel Rossellat, le directeur du Paléo Festival, nous dire le plus sérieusement du monde, qu’il appartenait à une mouvance qui était « pour la Paix et contre la Guerre ».

Admirons tous d’abord le cran d’une telle déclaration. Ce genre de phrase assassine doit faire pâlir tous les méchants du monde. Mais le président du Paléo n’est pas le seul à oser provoquer les gens-qui-sont-pour-la-guerre, Luc Besson aussi l’a fait dans Valérian et la cité des mille planètes. Lui aussi, pense que l’Amour, et bien c’est mieux que la Guerre.

Aller. Donne moi la main. Prend cette pilule rouge et entrons dans le terrier du lapin blanc.

La Guerre, c’est le conflit. Si vous êtes contre la Guerre, cela signifie que vous allez tout faire pour éviter le conflit. Si vous allez tous faire pour éviter le conflit, cela signifie que vous allez accepter de tous céder, pourvu que le conflit cesse, c’est-à-dire que vous n’aller rien défendre du tout. Si il n’y a rien, qui compte assez à vos yeux pour que vous le défendiez, cela signifie que vous n’aimez rien. Être bonnement et simplement contre la guerre c’est l’aveu terrible que vous n’aimez rien suffisamment pour pouvoir le défendre. Voilà la vérité Messieurs-Mesdames les hippies, vous n’avez pas d’amour. Vous ne savez même pas ce que c’est.

Bref, après ces quelques râlements, j’avale un café et part au travail. Et voilà que je croise une collègue. Elle approche la trentaine mais conserve toujours cette allure d’Emo-Gothic-Lolita-Punk qui caractérisent les pré-ado friqués en quête de cadre et d’attention. Naturellement, je lui demande comment elle va. C’est là quelle me sort son baratin de rebelle-frustrée.

« Comment je vais ? Oh non, pas toi. Je croyais que tu t’intéressais à la sociologie. Tu sais très bien que c’est une convention social. Je vais répondre oui, et c’est tout. C’est inutile. »

Blablabla. Oui, effectivement c’est une convention sociale. Toutefois ce n’est pas parce que c’est une convention sociale que forcément ce n’est pas bien. J’en est rencontré à la pelle des comme elles. Ils pensent s’opposer au Système, alors qu’ils en sont les agents Smith les plus fidèles. Et cette remarque insupportable ; C’est inutile.

Aller. Fais moi confiance. Prend cette pilule rouge et entrons dans le terrier du lapin blanc. Le trou est déjà creusé.

Demander « comment vas-tu » est inutile. Bien. Seulement, dit comme ça, alors tout devient inutile. Même un geste aussi important que se nourrir est inutile. Finalement, pourquoi s’alimenter ? Et bien pour survivre. Pourquoi survivre ? Vous l’avez compris, en deux questions son raisonnement d’imbécile est HS. Les raisonnements strictement fonctionnalistes sont l’apanage des abrutis et des économistes.

En effet, pour qu’un raisonnement du style « A quoi ça sert ? » soit pertinent, il faut qu’il soit lié par un référent absolu. C’est-à-dire à un axiome, une vérité auto-référencée qui doit être admise. Par exemple, si je dis « a quoi sert le transistor dans le fonctionnement d’une carte graphique ? » Alors, la question sur la fonctionnalité du composant électronique est référencé sur une Vérité, à savoir : Il faut que la carte graphique fonctionne bien.

Relier l’inutilité d’une chose à la conclusion qu’il faille la détruire, revient à avouer que l’on rêve d’un monde où n’existe que ce qui est utile. Ces agents Smith ne sont pas que de simples marionnettes, ils tractent avec eux les Cerbères de l’utilitarisme marchand. Sa réflexion qu’elle voulait si Punk, n’est qu’une ôde à McDonald.

En fin de journée, il est l’heure de décompresser.

Et puis soudain, je le vois. Lui me voit aussi. Il s’approche. Le pas décidé et le sourire aux lèvres.

– ONG [blablabla], t’as 5 secondes ?
– Non, désolé
– T’as pas 5 secondes pour les droits humains ?
– Et le droit de ne pas se faire emmerder par un type dans ton genre, ça fait partie des droits humains ?

L’employé de commerce-ONG. Je crois qu’il n’y a pas pire espèce. Ils sont postés à toutes les gares comme des essaims de connards. Infatigables, ils sont là toute la matinée à culpabiliser les prolos qui vont au travail. Ils sont la toute la soirée à culpabiliser les prolos qui reviennent du travail. Et entre deux ils pataugent dans une miellasse d’auto-satisfaction. Avec cet air supérieur complètement pathétique. Ils ont cette décontraction dont seul les fils de riches sont capables. Ce je-me-sens-bien, juste bon à te faire te sentir mal. Et puis cette manière de siffloter..

On est cool quand on sauve le monde. On est cool quand on siffle. Ces mecs veulent la panoplie. Ils font des grands gestes. Il faut que tu voies que ce sont des tactiles. Des mecs natures. Des gens ouverts.

Viens avec moi. Prend cette pilule rouge. Ils vont me finir le stock à ce rythme là.

Vous ne bluffez personne. On sait bien ce que vous voulez. On sait bien qu’à chaque signature, vous touchez de l’oseille. Ce que vous voulez, c’est votre prime, tout comme ceux qui vous croisent pour aller bosser. Seulement, ce qui vous donne cette assurance, cette supériorité, c’est que vous voulez le gros lot. La prime mais aussi la bonne conscience en plus. Alors un petit conseil les gars ; Dans le monde qui est le nôtre, quand la prime et la bonne conscience sont dans le même sac, c’est qu’il y a un problème quelque part.

Un vieux hippie. Une gothique de trente pige. Un vendeur de 20. Quand les souris dansent si mal, on en vient à attendre le chat.

– Lain Auser

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Artificialité naturelle

nature

Plus je cogite sur la Nature, plus je me rend compte qu’elle est partout présente. Elle est la source d’où tout surgit. On dit qu’elle est le bon, le vrai, le pur. Et puis il y aurait l’Homme, celui qui fait tout foirer. Quand un élément est construit par l’Homme, on dit qu’il n’est pas naturel. Il a été construit, il est artificiel.

Ce que j’entends démontrer ici, c’est que le non-naturel, l’artificiel, n’existe pas. En réalité même un embryon humain génétiquement modifié est naturel, et même si l’on entend combattre cette pratique, alors il faut tout d’abord le reconnaitre.

L’homme est un animal, un mammifère au néocortex suffisamment développé pour lui permettre une conscience auto-réflexive spécifique. Les organes sont développés selon des instructions codées dans l’ADN. L’espèce humaine, tout comme les autres espèces naturelles, peut être vu comme le produit d’une évolution darwinienne. Puisque la pensée est permise par le néocortex, et que celui-ci est le fruit de la Nature, alors la pensée elle-même peut-être définie comme naturelle. Il est naturel à l’Homme de posséder une conscience auto-réflexive, tout comme il est naturel pour un éléphant d’avoir un odorat très développé.

Par sa pensée, l’Homme conceptualise le monde et le modifie en agissant sur lui. Tout comme les fourmis modifient l’organisation de la forêt pour ériger leur fourmilière, les humains fondent des villes et des Nations. Si lorsque nous parlons d’une ruche, nous la qualifions volontiers d’œuvre de la Nature, il ne viendrait à l’idée de personne d’en faire autant lorsqu’il s’agit d’un building. Pourtant quelle différence entre l’habitation de deux espèces issues de la Nature ?

D’ailleurs, dire que nous sommes « issu » de la Nature est encore une faute. Cela voudrait dire que nous en sommes sortis, que nous n’y sommes plus. Rien n’est plus faux. Nous sommes la Nature à l’œuvre, tout comme les abeilles, les biches, le vent, les forêts, le courant électrique, les machines à vapeur, et nos buildings.

Cette distinction entre l’Homme et la Nature me semble être une conséquence du Christianisme en premier lieu, puis des religions monothéistes en général. C’est le Christianisme qui déclare que Dieu (élément exogène au monde par excellence) a créer l’Homme ET la Nature au service de l’Homme (justifiant par là-même l’exploitation irréfléchie de ses ressources naturelles).

Les avis qui divergent du mien ne me dérangent pas du tout, mais les positions absurdes et hypocrites m’exaspèrent, c’est pourquoi il vous faut faire un choix. Soit vous assumez pleinement être créationnistes, et pensez qu’un élément non-humain et non-naturel, à créer l’Homme (distinct de la Nature) puis la Nature (distincte de l’Homme). Ou alors vous pensez que seul la Nature existe, et qu’elle est partout et tout le temps à l’œuvre, auquel cas aucun élément ne peux être qualifié de non-naturel (oui, oui, même le diéthylamide d’acide lysergique de Sandoz).

Ce papier n’a pas pour but d’encourager l’industrie pharmaceutique, le complexe militaro-industiel, et les megastructures commerciales, au détriment des médecines alternatives, de la marche en famille, et des fermes de village. Non, absolument pas. Toutefois, je pense qu’il nous faut sortir à tout prix du schéma simpliste et simplifiant : Nature = BIEN / Homme = MAUVAIS.

La Nature n’est pas forcément bonne (l’Amanite tue-mouche est un champignon tout à fait naturel, pourtant elle est un poison pour de nombreuses espèces), l’Homme n’est pas forcément plus mauvais que la Nature, et de toute manière cette distinction n’a aucun sens puisque l’Homme EST la Nature ou tout du moins un aspect de sa formidable bio-diversité.

Mon article aura atteint son but, si par exemple :

  • Lorsque les médecins alternatifs s’attaquent à la bio-médecine occidentale, ils abandonnent le discours « nous c’est plus naturel, donc c’est mieux », pour déclarer haut-et-fort « nous avons découvert des variables que vous ne connaissez pas, en les appliquant on constate que nos méthodes sont plus efficace que les vôtres.
  • Lorsque les écologistes s’expriment, ils arrêtent avec les slogans comme « sauvons la planète ». La planète ne risque absolument rien. Elle a déjà subit bien pire que le réchauffement climatique (glaciations, éruptions volcaniques et nuages toxiques titanesques). Il y a 66 000 000, lorsque la comète de Chicxulub c’est écrasée sur le Mexique, l’explosion était plusieurs milliards de fois celle de la bombe d’Hiroshima (nous sommes des petits-joueurs). Cela a provoqué l’extinction des dinosaures, mais permis également à de nouvelles espèces d’émerger. La Nature est surpuissante, ne pensons pas la menacer ou devoir la sauver. Tant de narcissisme se situe entre le risible et l’absurde. Ne sauvons pas la planète, sauvons notre espèce en contrôlant de manière plus optimale les retro-actions à long-terme de nos choix de production.

La Nature, dans ses formes complexes d’organisations, a permis l’émergence de la conscience auto-réflexive. Entre elles, les consciences se fécondent. Nous dialoguons, échangeons, combattons. Dans le brouhaha des usines mémétiques, nous nous étourdissons jusqu’à en oublier qui nous sommes. Nous sommes la Nature à l’œuvre.

 

– Lain Auser