Baizuo

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Baizuo (白左) signifie littéralement « gauche blanche » en chinois. Depuis quelques temps, on voit fleurir ce terme sur les plateformes chinoises de discussions en ligne. Il est apparu la première fois sur le forum « Zhihu » pour ridiculiser l’extrême gauche des pays occidentaux. Ceux qui « […] ne se soucient que de sujets tels que l’immigration, les minorités, la communauté LGBT et l’environnement » et « n’ont aucun sens des véritables problèmes du monde réel ». [Ceux qui] sont des hypocrites humanitaires qui rêvent de paix et d’égalité pour satisfaire leur propre sentiment de supériorité morale. [Ceux qui] sont obsédés par le politiquement correct au point de « tolérer les valeurs islamiques au nom du multiculturalisme ». [Ceux qui] croient en l’état-providence qui « ne bénéficie qu’aux inactifs et aux profiteurs ». [Ceux qui] sont des « Occidentaux arrogants et ignorants » qui « ont pitié du reste du monde et se perçoivent comme des sauveurs ». On pourrait rapprocher ce terme de l’expression « gauche régressive« .

Comme nous le précise medias-presse, la prolifération de ce terme a été favorisée par les images de ces enfants gâtés capricieux, hystériques et haineux, après l’élection de Donald Trump aux USA. Ces « progressistes » sont considérés, non seulement comme des immatures, mais également comme des cinglés [vidéo ici]. Pour ZeroHedge, lorsque les chinois utilisent le terme de Baizuo, ce n’est pas simplement pour parler de réactions enfantines et naïves mais surtout d’individus complètement malsains.  En Chine, les Baizuo symbolisent la faiblesse inhérente aux démocraties occidentales.

Selon Opendemocracy, le terme est apparu il y a deux ans mais à présent il est l’un des plus utilisés sur les réseaux sociaux chinois. Angela Merkel a été la première politicienne à être qualifiée de Baizuo à cause de sa décision d’ouverture des frontières lors de la crise européenne des migrants. Shengmu (圣母) est un autre terme qui a été largement utilisé par internautes asiatiques signifiant littéralement « sainte mère » afin de désigner ceux qui ont des réactions « […] sur-émotionnel, hypocrite, et trop empathique ». Toujours selon Opendemocracy, la prolifération du sentiment anti-baizuo est clairement en lien avec un certain pragmatisme brutal de la Chine post-socialiste.

Comme le précise le podcast Weimerica Weekly Episode 70 ce qui est particulièrement intéressant dans le phénomène Baizuo, c’est le fait qu’un pays communiste, qui est passé par la plupart des propositions de l’extrême gauche européenne, et qui sait à quelle point cette idéologie est infernale, perçoit les Baizuo comme des naïfs détachés de la réalité.

Dans le cadre de la concurrence internationale, chaque projet civilisationnel pense qu’il est celui qui doit triompher. Il y a une lutte politico-culturelle inhérente à la multitude des communautés. Le Baizuo prouve que si les chinois acceptent cet état de fait, ils ont toutefois un infini mépris pour ceux qui symbolisent les contradictions internes des démocraties social-libérales occidentales.

– Lain Auser

Allemagne année zéro

allemagne-annee-0b« L’Allemagne année zéro » est un magnifique film italien de Roberto Rossellini, sorti en 1949. L’histoire se déroule juste après la deuxième guerre mondiale. On y voit la famille Köhler, évoluer dans les ruines de Berlin après la capitulation allemande.

Dans un décors d’extrême-pauvreté, on assiste à l’abattement moral collectif et aux quelques stratégies pour échapper aux difficultés matérielles. Ce qu’il y a de fabuleux dans ce film, c’est que même si les personnages vivent une vie tragique, ils ne semblent presque pas s’en rendre compte. En témoigne les séquences où Edmund, le cadet de la famille, tente de jouer au foot ou de s’amuser dans les décombres pour tromper ses problèmes de conscience.

Loin de l’héroïsme tragique, nous sommes ici dans un tragique de la lassitude, comme l’explicite l’auteur lui-même. Si les acteurs incarnent si bien le néant d’après-guerre, c’est parce qu’aucun n’est acteur professionnel. Ils sont tirés de l’atmosphère même qu’ils restituent.

Edmund, l’innocence d’un enfant face aux réalités brutales, qui petit à petit tentera de se sculpter lui-même, d’intégrer des valeurs. Mais au fil des situations auxquelles il se trouve confronté, bien loin d’un sens et d’une vision du monde qui se constitueraient en lui, c’est plutôt une somme de contradictions qui semble grandir, devenant de plus en plus insoutenable. Ce que Rossellini nous décrit dans ce film, c’est le vide moral découlant d’une absence de projet collectif où l’individualisme devient la norme, « c’est chacun pour soit » comme le dit la sœur d’Edmund. Cette absence de moralité, conduit l’âme la plus pure du film (le petit garçon) au nihilisme le plus radical. Une dénégation des valeurs qui le poussera jusqu’à provoquer l’irrémédiable.

Ce film est un document descriptif, sans sentimentalisme ni victimisation. Une image, froide et violente comme le réel, belle et tragique comme la jeunesse.

Lain Auser

Sinofuturisme

Sinofuturism (1839 – 2046 AD) from Lawrence Lek on Vimeo.

« Le Sinofuturisme est un mouvement invisible. Un spectre déjà intégré dans un billion de produits industriels, un milliard d’individus, et un million de récits voilés. C’est un mouvement qui n’est pas basé sur les individus mais sur une multiplicité de flux qui se chevauchent. Flux de population, de marchandises, de processus. Parce que le Sinofuturisme a surgit sans intention ou autorité consciente, il est souvent confondu avec la Chine contemporaine. Mais il n’en est rien. Il s’agit d’une science fiction qui existe déjà.« 

Sinofuturisme est un essai vidéo qui combine des éléments de science-fiction, de mélodrame documentaire, de réalisme social, et de cosmologie chinoise dans le but de critiquer les dilemmes de la Chine contemporaine et les gens de sa diaspora.

En référence à l’Afrofuturisme et au Golf-futurisme, le Sinofuturisme présente une approche critique et ludique pour subvertir les clichés culturels.

Pour les médias occidentaux et pour les perceptions orientalistes, la Chine est exotique, étrange, bizarre, kitsch, ringarde, et de mauvaise qualité. Dans les médias chinois, le pays est dépeint comme héroïque, stable, historique, grand et unifié. Plutôt que de contrebalancer ces récits biaisés, le Sinofuturisme propose de les pousser encore plus loin.

En embrassant sept stéréotypes de la société chinoise (les ordinateurs, les copies, les jeux-vidéos, les études, l’addiction, le travail, les jeux d’argent), l’essai vidéo démontre comment le développement de la technologie chinoise peut être vu comme une forme d’intelligence artificielle.

– Description de Lawrence Lek, traduite par Lain Auser

Fintech et gestion financière

Le 06 mars 2017, Fiona Frick publie dans LE TEMPS un article sur ce qu’elle nomme la gestion d’actif 2.0.

Elle y parle de la transformation des pratiques de gestion financière, à l’aune de la révolution numérique. Jusqu’à récemment, les gérants d’actifs financier basaient leurs calculs et prospectives d’après les rapports annuels de sociétés, les statistiques économiques publiques ou les rapports exigés par les autorités de régulations. Hors, aujourd’hui, les entrées d’informations se sont démultipliées : capteurs météos, réseaux sociaux, images satellites (comprendre l’état du marché immobilier dans une région précise par exemple), vidéos en ligne, transactions dématérialisées, signaux GPS, etc..

Fiona Frick nous donne un chiffre clé pour comprendre l’ampleur du phénomène ; 90% des données existantes ont été créé lors de ses trois dernières années. Toutefois, ces données ont beau être nombreuses, elles n’en restent pas moins complexes et assez incompréhensibles. C’est pourquoi, l’alliance avec les fintech est, pour les gérants financiers, indispensables si elles veulent pouvoir décrypter cette masse informationnelle, que ce soit au niveau d’une société, d’un indicateur macroéconomique ou d’une évolution géopolitique.

Si les systèmes d’intelligences artificielles ont commencés par battre l’humain aux échecs, puis au go, et plus récemment au poker, ceux-ci ont toujours certaines limites, comme le fait qu’un apprentissage acquis dans un contexte particulier ne peut pas être transféré dans un autre contexte. Les robots ont également de la peine avec l’ambiguïté. Ces limites suffisent-elles à protéger le travail du gestionnaire d’actifs contre son remplacement par une machine algorithmique ?

Pour Mme Frick, le futur est plus à chercher dans la coopération homme-machine que dans un éventuel remplacement. En effet, la plupart des machines actives dans la finance utilisent le machine learning. C’est-à-dire qu’on donne au système, des données entrantes et une série de résultats obtenus, et celui-ci doit se débrouiller pour nous indiquer quelles sont les entrées qui ont produits le plus de résultats. Ceux-ci peuvent ensuite être interprétés pour savoir par exemple, quelles données de marché annoncent le plus de mouvement financiers.

– Lain Auser

Bitcoin > Or

Dans un article du 4 mars 2017 pour le journal BILAN, Fabrice Delaye, attire notre attention sur la nuit du 2 au 3 mars 2017, lors de laquelle, pour la toute première fois, le cours du bitcoin a dépassé celui de l’or.

L’expert à TA-Swiss nous rappelle qu’en 1971, Nixon invente le concept de debasement, c’est-à-dire que dès lors, toute monnaie scriptural n’a plus besoin d’avoir une base matériel, un stock d’or, nécessaire aux remboursements en cas de panique financière. C’est cette décision politique qui a permis le quantitative easing des banques centrales ces dernières années, c’est-à-dire la création sans limite de monnaie. Technique de la planche à billet qui permet à l’Europe et aux États-Unis d’éviter les faillites, et à la Suisse d’assurer sa compétitivité.
Pour Delaye, le debasement permet de tricher avec la réalité en permettant le financement du too big too fail. Par peur de ruiner simultanément, les épargnants, les consommateurs et les salariés, ce système fonctionne mais produit, bien évidemment, des inégalités énormes.

C’est pourquoi, tout comme l’or, le bitcoin est une valeur refuge pour ceux qui doutent de la solidité d’un système financier débasé, c’est-à-dire fortement dépendant de la situation géopolitique de ses principaux acteurs. Fabrice Delaye est clair « […] si pendant 5000 ans, l’or a été le plus fiable moyen de conserver de la valeur, le bitcoin est devenu son concurrent crédible pour les 5000 ans à venir« 

Le bitcoin est divisible, se déplace très facilement et sa cryptographie (blockchain) le rend plus vérifiable que n’importe quoi, il est aussi universel et sans propriétaire particulier au départ.
Mais le point le plus important est sa rareté, puisque le nombre de bitcoin est limité par construction, alors que même pour l’or, on ne sait pas quelle quantité la terre en recèle.

Fabrice Delaye termine son article avec une prospective chiffrée intéressante ; si le bitcoin venait à remplacer l’or, chaque bitcoin vaudrait plus de 500’000 dollars.
– Lain Auser

Dataghost 2. La machine de calcul kabbalistique

RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

Dès le 1er siècle, les juifs pensaient que la Torah et les autres textes religieux clés contenaient des vérités encodées et des significations cachées. Ils utilisaient un système nommé Guematria pour les révéler. D’après ce système numérologique, chaque lettre en hébreux correspond à un nombre (par exemple : 1 pour Aleph, 2 pour Bet, 3 pour Gimel, 4 pour Daleth, etc…). Les kabbalistes ont étendu cette méthode aux autres textes et, en convertissant les lettres en nombres, ont cherchés les significations cachées derrière chaque mots. Une autre technique herméneutique utilisée par la Kabbale est le Temurah, qui réarrange les mots et les phrases pour en déduire une signification spirituelle profonde. Le Notarikon quant à lui, créer des mots à partir de lettres prises à la fin, au milieu et au début d’autres mots.

RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

Le collectif français RYBN.org a appliqué ce système de transformation, association et substitution numérologique aux ordinateurs. Leur installation Dataghost 2 est une machine de calcul kabbalistique qui cherche à révéler les messages cachés enterrés sous le trafic de données.

En suivant le système alpha-numérique kabbalistique, les fragments de code vont générer des millions de commandes shell, dont la plupart seront non-cohérentes et non-fonctionnelles. Toutefois, de temps en temps, la commande va « faire sens » pour l’ordinateur. La machine va l’interpréter comme une tâche qui doit être exécutée. A ce moment précis, la machine exécute le rituel d’invocation du Golem digital.

Cependant, il n’y a aucun moyen de prédire où le rituel pourrait conduire la machine. Les commandes exécutées pourraient saturer la capacité mémoriel de la machine, provoquer un arrêt définitif de la couche software, où dépasser plusieurs limites critiques qui provoquerait la surchauffe de certain composants électroniques, voir conduire à la destruction partielle d’une couche physique. Au cours de sa vie, le système publie constamment son activité auto-destructrice sous forme d’impressions de toutes les différentes commandes.

J’ai découvert ce travail il y a deux jours, au festival Artefact à STUK dans le Louvain. (juste 15mn après Bruxelles donc prenez le train si vous êtes en Belgique parce que le spectacle est aussi enchanteur que la suggestion de ses thèmes). Dataghost 2 est mort. Elle est arrivée assez tôt. L’échange de mails durant lequel les artistes et STUK ont tentés de savoir ce qui c’était passé à été imprimé et ajouté dans la galerie d’exposition. Les emails révèlent que le système a probablement effacé un fichier critique ce qui aurait conduit le processus entier à son terme.

L’installation est toujours exposée, bien qu’en dead mode. L’imprimante et l’écran restent congelés.
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken
RYBN, Dataghost 2, 2016. Installation view at STUK in Leuven for the Artefact festival. Photo © Kristof Vrancken

J’ai trouvé le travail brillant. D’un côté c’est super complexe et déroutant tout comme le sont la plupart des pratiques ésoteriques. Et d’un autre cela démontre, avec une grande simplicité et efficacité, que les algorithmes (et par extension tous systèmes technologiques) sont simplement aussi rationnels (ou irrationnels) que les humains qui les programment.

– Traduction d’un article de we-make-money-not-art.com

– Lain Auser

L’Ere de la myriade

myriadismeVous vous êtes emparé de la société occidentale, et vous l’avez démontée pièce par pièce. Vous avez bien fait. Votre besoin de compréhension, vos désacralisations, vos remises en question ont été saines et intelligentes.

Mais aujourd’hui ? Une fois que le tissu de croyance est effiloché, que le motif résultant d’un ingénieux maillage disparaît au profit de la réponse à la question qui vous à tant obsédé : De quelle pelote exactement chaque fil provient-il ? Une fois que les sacralisations obscurantistes ont été démystifiées, que la lumière de la rationalité à brûlée vive les dernières prétentions apotropaïques ? Après tous ce travail artistique, littéraire, scientifique, philosophique, après toutes ses déconstructions, que reste-t-il ? Précisément, il ne reste rien.

Vous avez désossé nos monstres, nous voilà confronté au vide. Vous avez liquidé nos ennemis, nous voilà face à la solitude. Une solitude telle, que l’on en devient les ennemis de nous-même.

Dans votre hystérie déconstructiviste, vous gesticulez sur le sable brûlant, cherchant désespérément le moindre caillou, la moindre poussière que vous pourriez déconstruire, persuadé que vous êtes, que l’angoisse qui vous ronge, la solitude qui vous habite, vient de l’oppression qu’exerce ce caillou, de l’immoralité de cette poussière. Certains, pire encore se mettent à déconstruire les rares tentatives de ceux qui construisent, sous prétexte que ceci leur rappel un fantôme d’antan. N’avez-vous pas compris que lorsqu’il n’y a plus rien, toute présence ne peux que vous rappelez le passé ?

Peut-être que vous ne pouvez pas changer. Peut-être devez-vous mourir et céder votre place. Car dans le monde aride qui est le notre, et que vous avez contribué à provoquer, nous avons besoin d’une nouvelle attitude, d’un nouveau tempérament.

Nos artistes doivent ériger de somptueuses demeures, installer des forêts luxuriantes, inventer des plantes, irriguer les sables, produire de nouveaux oasis, architecturer l’iydillique.

Vous en êtes encore à la lutte contre le système, alors qu’il s’agit maintenant de faire proliférer des systèmes. L’ère de l’élimination simple est obsolète, le jeu actuel consiste à peupler les abimes. La destruction est démodée, nous en sommes à la myriade.

– Lain Auser

Erythréens. Focal sur un important flux migratoire.

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Les érythréens sont la deuxième population la plus représentée dans les flux migratoires récents, parmi les migrants au niveau européen, et la plus représentée en Suisse. Selon l’ONU, ils seraient 3000 par mois a quitter le pays. Rien qu’en Suisse, entre janvier et novembre 2016, le secrétariat d’État aux migrations (SEM) a enregistré 4758 demandes d’asile de ressortissants érythréens. En 2016, l’asile a été accordé à 44.5% de ceux-ci.

En plus du traitement des demandes d’asile, le SEM soutient également les adolescents en Érythrée pour leur permettre de terminer leurs études secondaires. Ceci a pour but de leurs permettre d’entrer dans la vie professionnelle, sans quoi, ils auront de grandes chances d’être mobilisés pour le service militaire érythréen qui dure 18 mois, et peut se prolonger selon certain, jusqu’à 40 ans.

Une fois que les érythréens désertent du pays, ils doivent encore payer une taxe de 2% sur leur revenu, au gouvernement érythréen. Selon un article du Temps, ceux qui refusent de la payer perdent tout droit d’acheter ou de conserver des terres, tout espoir de faire des versements aux proches, ou même par exemple d’organiser des funérailles.

Les premières remises en question

L’accueil des migrants érythréens semblaient couler de source, jusqu’à l’histoire des vacances érythréennes [ici]. En effet, entre 2000 et 2014, près de 62’000 réfugiés ont pu sortir de Suisse pour des voyages à l’étranger [ici], principalement des somaliens et des érythréens. Ses sorties du territoires ne sont pas non-officiel, elles ont été acceptées par le SEM. Selon Marcel Suter, président de l’Association des services cantonaux de migration (ASM), ce sont surtout les érythréens qui ont accès à cette pratique, puisque 15’158 dossier pour voyage ont été déposé en 4 ans et demi. Et comme le rappel Martin Reichlin, porte parole du SEM, si ces personnes sont à l’aide social, alors c’est au Canton de payer. Hors, les érythréens qui habitent en Suisse depuis moins de 6 ans sont 91 % à percevoir l’aide sociale.

post-card-from-eritrea_156Partir dans un pays étranger est une pratique légale, toutefois il est illégal de retourner dans son pays d’origine sauf cas exceptionnel (maladie d’un proche, etc..) puisque l’on est logiquement pas sensé se rendre fréquemment dans le pays qu’on fuit. La diaspora érythréenne, explique toutefois que les ambassades du Soudan et de l’Égypte émettent des passeports pour que les réfugiés puissent revenir dans leur pays en toute discrétion, c’est-à-dire en passant par un pays tiers.

Bien-sur, l’UDC s’est empressé de dénoncer ces pratiques. Elles constituent, selon eux, la preuve que les migrants érythréens sont avant tout des migrants économiques. Pour couper court à ces discours et établir la vérité sur cette affaire, le 21 et 23 janvier, une délégation suisse a accompli un « voyage de service » conduite par Urs von Arb, vice directeur du SEM, et l’ambassadeur Suisse au Sudan Martin Strub, qui représente aussi la Suisse en Érythrée. Ils ont rencontré des représentants du gouvernement ainsi que des organisations internationales, plusieurs ambassadeurs européens et africains.

Cette idée de voyage de service, fait suite aux expériences du Danemark. Celui-ci qui n’abritait qu’une petite communauté érythréenne de 580 personnes, a vu soudain arriver 2’2285 érythréens rien qu’entre janvier et novembre 2014, ce qui a provoquer une réelle panique. Estimant que les rapports sur l’Érythrée ne dépendait que du discours des réfugiés en question, le pays a envoyé 3 analystes en mission sur place. Le but était sutout d’examiner le service national, puisqu’il constitue la cause principale de départ des érythréens.

Le rapport du Danemark à fait de nombreux échos, puisqu’il concluait que le régime se montre à présent plus laxiste avec les déserteurs qui rentrent au pays, si ceux-ci ont payé la taxe de 2% et signent une lettre de regret. Toutefois, la délégation n’a pas pu visiter les prisons et ne peut donc confirmer ces dires.

Selon l’émission Rundschau de la télévision alémanique, la délégation suisse a donné du crédit au rapport danois de novembre 2014.

Souhaitant éclaircir davantage ce sujet, un autre voyage à été organisé. Avant même son départ, celui-ci a reçu de nombreuses critiques. Dans cet entretien de Claude Béglé [ici], il précise qu’il est parfaitement conscient que le gouvernement en place tentera de lui montrer le côté positif de l’Érythrée. Toutefois, ce vaudois peut compter sur son expérience au sein du CICR pour ne pas se faire avoir. De plus, il précise que le voyage est à ses frais, le but est véritablement de comprendre la situation érythréenne, de voir par lui-même. Le voyage comprend le PDC vaudois Claude Béglé, l’UDC zougois Thomas Aeshi, la socialiste argovienne Yvonne Feri, et la conseillère d’État verte argovienne Susanne Hochuli.

topelement A son retour, Claude Béglé est clair : « Des ONG ont exagéré sur l’Erythrée »[ici]. Celui-ci raconte avoir rencontré le conseiller du président, les ministres des Affaires étrangères, de la Communication, de la Santé, de l’Éducation, le gouverneur d’une région. Mais aussi toute une série d’Ambassadeurs qui n’ont aucune raison de faire l’éloge de l’Érythrée, la représentante des Nations Unies et des personnes du CICR. Se tenant à ses promesses, Claude Béglé a également rencontré le directeur de l’hôpital d’Asmara et des réfugiés revenus dans le pays. Au delà des personnes qu’on lui a présenté volontairement, il est bien-sur sorti sur le terrain, pour voir aussi ce qu’on ne lui montre pas spontanément.

L’Érythrée est pour lui, définitivement, bien loin d’une prison à ciel ouvert. Il précise également que les gens sont dévoué à leurs tâches et qu’il y a en fait, assez peu de corruption à haut niveau. Les difficultés financières viennent du fait que le gouvernement a voulu créer une petite île en autarcie. L’égalité est également assez impressionnante, puisque la différence maximal des salaires n’est que de 1:8.

Il y a donc ici un mixte entre une idée totalitaire et égalitaire de ce que devrait être l’indépendance politique. Les gens sont honnêtes, convaincu de leur bon droit, et étonnés que la communauté internationale les aient mis au ban. Bien-sur qu’il y a certaines violations des droits de l’homme qui ne sont pas a minimiser, mais elles semblent assez faible pour un pays Africain.

La conclusion de Claude Béglé correspond aux craintes des opposants au voyage de cette commission parlementaire. Comme il l’explique dans un entretien au tdg [ici], « […] La principale raison pour laquelle des jeunes partent est le manque de perspectives. Ces jeunes regardent la télé, ont Internet et ils ont envie d’autre chose que de la révolution à grand-papa. J’ai lu tous les rapports. J’essaie de rester neutre.« 

Claude Béglé donne également le résultat de ses observations au Grand Angle de TV5 Monde que vous pouvez écouter [ici]

Pourquoi ce traitement médiatique ?

Pourquoi l’Érythrée est-elle décrite par toute la presse occidentale comme un Enfer mi-prison, mi-caserne ? Pourquoi les nombreux réfugiés qui viennent en Europe souscrivent-ils à ce discours ? Pourquoi les rapports des droits de l’Homme s’acharnent-ils sur ce pays alors que de si nombreux pays africains lui sont bien supérieurs que ce soit au niveau des violences faites à la population ou la corruption au sein de ses élites ?

Pour cela il nous faut rapidement redresser l’histoire de l’Érythrée. Nous ne savons rien de l’Érythrée puisque les médias occidentaux n’en parlent pratiquement jamais, et lorsqu’ils en parlent c’est pour dénoncer une dictature terrible.

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Ce pays est situé dans la corne de l’Afrique. D’abord colonisé de 1890 à 1981 par italiens, puis par les britannique jusqu’en 1952, le peuple érythréens se retrouve ensuite sous le joug éthiopien. Au début du XXème siècle, l’Éthiopie a en fait été dessinée par les pouvoirs coloniaux. Dans la lignée de la doctrine Nixon (les pouvoirs impériaux doivent trouver des agents locaux pour faire le travail à leur place), l’Éthiopie est donc un agent pour le bon déroulement de l’agenda impérialiste colonial. Ainsi, au début des années 60, la résistance s’organise et se regroupe sous la bannière du front de libération du peuple érythréen (EPLF). Dans ce groupe révolutionnaire paramilitaire, les femmes combattaient également.

eplfEn 1974, l’Empereur d’Éthiopie Selassié est renversé. L’URSS entre en jeu et soutien le nouveau pouvoir éthiopien. La répression infligé au peuple d’Érythrée n’en devient que plus violente. La junte militaire massacre bon nombre d’érythréens à Asmara. Encore et toujours, l’EPLF maintient son programme révolutionnaire et continue la lutte armée pour l’indépendance. Il aide, soigne, éduque et organise la population en vue de la construction d’une nouvelle société. Au début des année 1990, le front de libération du peuple d’Érythrée est dans la dernière ligne droite avant la victoire et l’indépendance. L’armée éthiopienne perd le contrôle de l’Érythrée mais avant de se retirer, l’Éthiopie bombarde au napalm la ville portuaire de Massaoua.

afeworkiAprès leur victoire, les érythréens se prononcent par référendum pour l’indépendance et élisent leur président. La nation peut enfin prendre en main son histoire.

Ce que les médias ne disent pas, c’est que l’Érythrée est un des premiers pays Africain à atteindre les objectifs du millénaire. Fixé en septembre 2000 par une Assemblée extraordinaire de l’ONU, 8 objectifs doivent être atteint avant 2015.

  1. Éradiquer l’extrême pauvreté et la faim
  2. Universaliser l’éducation primaire
  3. Promouvoir l’égalité hommes/femmes
  4. Réduire la mortalité infantile
  5. Améliorer la santé maternelle
  6. Combattre le SIDA, la malaria et les autres maladies
  7. Respecter l’environnement
  8. Développer le partenariat global

Si le pays atteint ces objectifs, c’est parce qu’ils étaient déjà présent dans le programme de l’EPLF.

Indépendance du pays

Pour assurer l’indépendance du pays, il faut que celui-ci œuvre efficacement à sa reconstruction. C’est pourquoi le service militaire dont les médias parlent, n’est pas un service en arme aux frontières du pays comme beaucoup l’imaginent. Une grande part des individus en service militaire travaillent dans les hôpitaux, dans l’éducation, dans la construction de barrage, de systèmes d’irrigations, dans des programmes de reforestation et surtout dans l’agroécologie puisque l’autonomie d’un pays passe avant tout par sa souveraineté alimentaire.

Revenons alors à notre question, pourquoi tant de mensonge au sujet de l’Érythrée ? Pour Michel Collon, le traitement médiatique de la presse occidentale, lui rappelle la diabolisation faite à tous les gouvernement (Cuba, Vénézuéla, Bolivie) qui ont essayé de suivre une voie indépendante de la banque mondiale, du FMI et des multinationales. Quand le gouvernement décide uniquement de servir les intérêts de son propre peuple, il va se retrouver diabolisé.

Le président de l’Érythrée rapporte en effet qu’en 1993, directement après l’indépendance du pays, une délégation de la banque mondiale est venue dans le pays. Affirmant qu’ils souhaitaient rédiger le programme pour le pays. Ce programme incluait bien entendu une politique de développement. Au grand étonnement des délégués, le gouvernement érythréen à refusé. Ils ont alors affirmé qu’en Afrique, personne n’écrit son propre programme. L’Érythrée possède le tord de refuser le discours tacite de l’Occident : Vous êtes des bons à rien, nous allons vous nourrir.

Si la banque mondiale et le FMI veulent absolument écrire le programme des pays africains c’est surtout pour pouvoir l’écrire à leurs propres conditions, et ces conditions sont évidemment dictées par des intérêts particuliers.

29-oct-2011-camp-lemonnier3 L’Érythrée avec 1’300 km de côte en mer rouge, est en face de l’Arabie saoudite et du Yémen. De plus, l’Érythrée possède plus de 300 îles. Les États-Unis voudraient y installer bon nombre de bases militaires comme celle qu’ils ont déjà à Djibouti. Aussi, l’Érythrée est pleine de ressources, puisque de nombreux forages produisant du gaz et du pétrole ont été découvert dans ce coin de l’océan indien. Pour toutes ses raisons, l’Érythrée serait une position géostratégique parfaite pour les Etats-Unis. Ils veulent y accéder, avant que ce soit les compagnies asiatiques qui les possède.

Toujours selon Michel Collon, chaque fois qu’un pays se trouve être la cible des États-Unis de part ses ressources ou sa position stratégique, celui-ci finit par être diabolisé. Ceci est récurant et peut sans problème être validé par l’histoire. La diabolisation précède chaque guerre, chaque agression. Nous croyons recevoir des informations qui viennent de journalistes indépendant, hors George Soros finance l’International Crisis Group [ici], Human Rights Watch [ici], Avaaz [ici], etc.. Ces gens diffusent des campagnes, des rapports et des informations. Et les journaux comme Le Monde, Libération, le New York Times ou les grandes télés comme la BBC, TF1, etc.. les reprennent. Ces informations sont présentées comme venant d’experts indépendants. Les gens doivent se rendre compte que derrière l’information il y a des intérêts, il y a de l’argent.

Michel Collon a participé à un excellent reportage sur le front de libération érythréens, sur la situation actuelle en Érythrée, et sur les causes de sa diabolisation.

Erythrée Viens et Vois from Petit Oeil on Vimeo.

Histoire géostratégique du pays

Mohammed Hassan, spécialiste de la géopolitique et du monde Arabe, explique que la plus grande base américaine en Afrique, et la plus grande base française, se trouvent à Djibouti [ici]. Le président de ce pays, Ismail Omar Guelleh, ne se maintient au pouvoir que grâce au soutien des puissances étrangères, il n’a aucune base sociale, et la stabilité du pays est donc extrêmement fragile. Guelleh est donc totalement dépendant de Washington.

Hors, la vision de l’Afrique qu’a l’Érythrée est celle d’un continent totalement débarrassé des puissances étrangères. Toujours selon Mohammed Hassan, les États-Unis craignent que la vision  érythréenne ne fasse des adeptes dans la Corne d’Afrique. Déjà à l’époque, si l’Érythrée était rattachée à l’Éthiopie (pays avec lequel il ne s’entend pourtant pas du tout), c’est parce que l’Éthiopie était un allié de Washington, et qu’avant la surveillance satellite, l’Érythrée était parfaite pour installer les systèmes d’écoutes à portée limitée, afin d’espionner ce qui se passait en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Golfe et même dans certaines parties de l’Union soviétique.

Ainsi, en 1950, sur décision de l’ONU et suivant la volonté des États-Unis, l’Érythrée devient une entité autonome fédérée à l’Éthiopie. Deux systèmes totalement incompatible deviennent donc obligé de vivre ensemble. Cette étrange cohabitation allait indirectement conduire à une tentative de coup d’État des Érythréens contre l’Empereur Sélassié. Empereur sous lequel, le régime était féodal, sans Constitution, où l’esclavage était encore pratiqué et où il n’y avait pas de droit politique. Le coup d’État est donc tenté en 1960 lorsque l’empereur est en voyage au Brésil, mais l’armée éthiopienne ne suivit pas, et l’opération échoua. Si le coup d’État a échoué, c’est également parce que grâce à Israël, l’Empereur en voyage pu rapidement établir un contact avec un général et faire capoter la rébellion. L’Europe n’est pas en reste, puisqu’elle aussi soutenait l’Éthiopie en lui fournissant des armes. En 1962, l’Éthiopie annexa totalement l’Érythrée.

En 1974, après 44 ans de règne, l’Empereur Sélassié est finalement renversé par une révolution socialiste. L’Éthiopie, qui jusque là avait été un allié stratégique des États-Unis, bascula dans le giron soviétique. Moscou apporta alors un soutien militaire très important au pays dans sa répression de la résistance érythréenne. Malgré ses 150’000 hommes dans sa campagne « Étoile Rouge », l’Érythrée vint à bout de l’Éthiopie soviétique. Asmara est libéré en 1991. L’Érythrée est indépendante.

Pourquoi un tel régime ?

Aujourd’hui, l’Érythrée est la preuve qu’un pays africain peut se développer sans l’aide de l’Occident. Ce pays a choisi de mener une politique de développement sans les puissances étrangères. Le pays est dit « fermer sur lui même » puisqu’ils n’accepte pas de libre échange avec les puissances occidentales. Pour eux, si les multinationales inondent le continent africain de produits subventionnés, cela empêche les producteurs locaux de se développer. La politique Érythréenne est dure mais réaliste. Elle vise le long terme. Elle est stratégique.

La mobilisation, tant critiquée par les médias, est le ciment de ce modèle de développement. Par exemple, quand les italiens ont colonisés l’Érythrée, ils ont construit une ligne de chemin de fer reliant le port de Massaoua à la capitale. Mais durant la guerre d’Indépendance, les éthiopiens ont récupéré une partie de l’acier de cette ligne ferroviaire et l’on endommagée en construisant des tranchées. Quand l’Érythrée est devenue indépendante, le gouvernement a voulu reconstruire cet axe stratégique. Des sociétés occidentales ont proposé de prendre en charge les travaux en demandant des sommes colossales, allant jusqu’à 400 millions de dollars. l’Érythrée a répondu « non merci, nous allons le faire nous même ». Tout le peuple s’est mobilisé, jeunes, femmes, vieillards.. Et ils ont reconstruit cette ligne qui aujourd’hui fonctionne a nouveau. Le prix de ces travaux ? 70 millions de dollars. L’idée est de faire un maximum soit même sans dépendre de puissances étrangères. D’ailleurs, l’Érythrée est peut-être le seul pays au monde où il n’y a pas de spécialistes étrangers.

Une des critiques principal qui est fait au régime est que celui-ci n’est pas composé de partis politiques. Hors, les modèles occidentaux ne sont pas transposables partout de la même manière. L’idée d’un citoyen du monde sur lequel on peut copier-coller des recettes occidentales est un mythe. En Afrique, le multipartisme est considéré comme un cheval de Troie pour les impérialistes. Les démocraties occidentales peuvent ainsi lancer des candidats dans la campagne électorale qui assureront leurs intérêts en finançant leurs élections. De plus, en Afrique, et surtout en Érythrée qui contient 9 ethnies différentes, des partis ne font qu’ajouter aux divisions. La forte disparité ethnique et religieuse fait qu’il faut favoriser un système qui au contraire renforce l’unité du peuple. La démocratie est plus participative qu’électoral. Les démocraties occidental ont tendance à oublier qu’il y a plusieurs niveaux à une démocratie.

Si la presse n’est pas libre c’est également pour éviter l’invasion de puissances étrangères. En fait, il faut revenir à la réalité. Les médias privés africains n’existent pas. Pour lancer un média privé, vous avez besoin d’un important capital et vous devez concurrencer les groupes médiatiques occidentaux sur un marché libéralisé.

Dans l’émission « Et si… » sur TV5 Monde [ici], Hanna Simon, ambassadeur d’Érythrée en France, explique très bien que la mauvaise presse occidentale fait partie de l’opération de déstabilisation de l’Érythrée. Elle parle également des nombreux jeunes qui partent du pays pour se rendre en Occident. Pour elle, tout d’abord, de nombreux migrants de pays africains autres que l’Érythrée se font passer pour des érythréens car ils savent qu’ils obtiendront l’asile. Ensuite, le fait que les pays occidentaux diabolisent le pays d’où ils partent, fait qu’il serait incohérent de ne pas les accepter comme migrants lorsque ceux-ci désertent. Pour Hanna Simon, tout ceci est bénéfique pour l’agenda occidentale, puisque ainsi le pays se vide de ses forces vives. Elle reproche donc aux aux États-Unis et à l’Europe, d’attirer, via leurs politiques d’accueils, les jeunes du pays. Mohammed Assan précise encore ; Les services secret américains soutiennent cela. Ils tentent d’infiltrer la société érythréenne et incitent les jeunes à fuir le pays. L’idée derrière cela est que si la plupart des jeunes quittent le pays, l’armée sera affaiblie, l’économie ne tournera plus et le gouvernement sera renversé.

Pour Michel Collon, avec la diabolisation de l’Érythrée, on a donc tous les symptômes de la préparation d’une agression, il va arriver au peuple d’Érythrée ce qui est arrivé aux peuples d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, etc. Et le mépris avec lequel on réceptionne les discours des délégations politiques qui se sont rendus en Érythrée semble bien indiquer que la politique d’accueil des migrants éthiopiens est la première phase de cette agression.

Alors que faire ?

  1. Sortir du schéma « bon sauvage VS mauvais sauvage »
    Ce schéma est un biais bien connu en anthropologie. Lorsque nous ne connaissons pas une culture, une ethnie, une religion. En bref, lorsque nous sommes confronté à l’Autre, il existe deux biais dans lesquels nous pouvons tomber. La première est celle du « mauvais sauvage », c’est-à-dire considéré l’autre comme forcément agressif, inférieur, stupide, animal. La droite à tendance à tomber dans ce travers. C’est ce qui fait dire des phrases complètement stupides comme « ce sont tous des violeurs » ou encore « ils viennent ici pour voler notre travail ».
    Ceux qui ont peur d’être traité de raciste, tombent souvent dans l’autre biais, tout aussi dangereux. Le mythe du « bon sauvage ». Il s’agit ici de considéré que nous sommes les pires, et que les autres groupes humains, particulièrement les africains, sont mieux que nous. C’est considéré qu’ils sont plus proche de la nature, ou encore que ce sont des êtres sans défense uniquement victime des occidentaux. C’est bien souvent la ligne du PS qui les infantilise au moins autant que l’UDC les démonise. Sortir de ce schéma c’est comprendre que les érythréens ont leur propre histoire, leur propre culture, qu’ils sont le produit d’une certaine communauté, et que celle-ci tente de s’en sortir par un chemin que nous devons respecter.
  2. Encourager des délégations politiques et des journalistes réellement indépendants à aller en Érythrée. Et une fois sur place, donner la parole à un maximum d’érythréens.
  3. Faire des dons au front de libération érythréens (EPLF). Organiser un spectacle, une séance de diffusion, ou un concert et donner le tout sans contrepartie pour aider au développement des infrastructures et les rendre plus rapidement autonomes.
  4. Revoir les critères d’acceptation des migrants érythréens. Collaborer avec l’Érythrée pour inciter les jeunes à s’investir dans leur pays, commence par dissiper l’illusion d’un eldorado européen.
  5. Dévoiler les enjeux cachés en Érythrée. C’est la ligne d’action de cet article.
  6. Travailler avec le gouvernement érythréen pour que les érythréens aient envie de retourner d’eux même au pays. Vérifier que les personnes qui retournent dans le pays ne subissent pas de mauvais traitement.
  7. Mettre en place des réseaux entrepreneurial et associatif pour travailler avec les entreprises et associations érythréennes.

 

– Lain Auser

Kadyrov et les sunnites

709355-carte-groznyLa Russie, que l’on devrait en fait appeler Fédération Russe, est composée de 85 unités territoriales qui disposent tous d’un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. En outre, certaines de ces unités sont des Républiques et possèdent de ce fait une constitution. C’est le cas de la république tchétchène.

La Tchétchénie, qui compte environ 1’400’000 habitants, fait partie du district fédéral de la Caucase du Nord. Sa capitale est Grozny. Ce que nous trouvons particulièrement intéressant, c’est que la religion dominante en Tchétchénie est l’Islam sunnite. Le peuple tchétchène est caucasien, il n’est donc pas arabe mais a été islamisé au XVIIIème. Par la suite, l’URSS a laïcisé la société tchétchène puis, après la chute de l’URSS et des guerres de Tchétchénie, l’Islam a ré-émergé au sein de la cause nationaliste.

Depuis le XIXème siècle, il y a une lutte entre les tchétchènes et les russes. Juste avant la chute de l’URSS en novembre 1991, la république proclame son indépendance. Trois ans plus tard, en 1994 l’armée russe intervient ; c’est la première guerre de Tchétchénie qui s’achève en 1996 par un retrait des troupes russes. En 1999, les troupes russes reviennent et gagnent cette fois la guerre qui se terminera en 2000. Bien que la guerre soit terminée, les rebellions, elles, n’en finissent pas. Selon l’ONG mémorial, rien que le deuxième conflit aurait fait entre 15’000 et 25’000 civils morts.

Ahkmad Kadyrov était un des chefs indépendantistes tchétchène voulant faire sécession avec la Russie. Cependant, par la suite, déclarant s’être fait tromper, il rejoindra le camps pro-russe et sera nommé chef du gouvernement en juin 2000. Il mourra lors d’un attentat terroriste à la bombe, par des islamistes tchétchènes, à Grozny en 2004. Vladimir Poutine lui donnera le titre de Héros de la Russie, et nomme son fils Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie en 2007. Tout comme son père, il sera un fervent soutien de Vladimir Poutine.

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L’Islamisme sunnite de Ramzan Kadyrov a donc la particularité d’être pro-fédéral et carrément anti-wahhabite. Ceci nous permet de comprendre que si parler d’Islamisme est beaucoup trop large, la dichotomie chiite/sunnite ne suffit pas non plus, puisqu’on a ici un exemple de combat extrêmement violent entre une idéologie sunnite wahhabite (salafiste) et une autre, adoptée par le gouvernement tchétchène, sunnite (orientée vers le soufisme).

Les réponses de Kadyrov à l’Etat islamique sont cinglantes. Il déclare que « […] Ces salauds n’ont rien à voir avec l’Islam ». Pour Kadyrov, l’Etat islamique agit sous les ordres des Etats-Unis, de l’Occident. Pour lui, « […] Ce sont des bandits, formés et armés par les États-Unis. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est le Coran et la Sounnah. Je tiens à souligner que leurs jours, ils les finiront sous les chauds rayons du soleil de Syrie et d’Irak, et qu’au premier instant de leur mort ils seront soumis à la flamme éternelle de l’Enfer ».

Étant donné que Kadyrov est d’une fidélité sans faille à Poutine, celui-ci semble autoriser en contrepartie une islamisation de la Tchétchénie. Le conflit entre la Russie et la Tchétchénie est donc réglé via Ramzan Kadyrov qui assure de la zone un soutien total à Poutine, tout en assurant un Islam qui alimente la fierté nationale et non pas les envies séparatistes.

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Ces promesses ne sont pas illusoires puisqu’en 2014 Kadyrov et 10 000 soldats s’engagent au service de Vladimir Poutine. Ses troupes sont également présentes pour aider les civiles dans la ville meurtrie d’Alep. L’engagement de ses sunnites va encore plus loin puisque selon certaines sources, les forces spéciales ont également infiltrés Daesh en Syrie pour donner des informations à l’aviation russe qui bombarde le terrain. Une méthode efficace mais qui ne laisse que peu de chance d’y survivre.

Le combat de Kadyrov contre l’Etat islamique s’inscrit dans une lutte armée contre l’intégrisme étrangé. Son père, Akhmat Kadyrov, luttait déjà contre l’inscription de la Charia dans la loi fondamentale, inscription qui avait été faite par des séparatistes laïques ayant cédé à certains islamistes.

L’organisation tchétchène est passionnante et cet article n’aborde pas du tout les nombreuses problématiques autour du clan Kadyrov. Que ce soit lorsqu’il boxe ses ministres pour les corriger, sa venue en armure à la journée de la femme ou encore la médiatisation de ses fils lors d’un combat de MMA. Bien plus grave, cet article n’aborde pas non plus les nombreux enlèvements, meurtres, tortures et extorsions de fonds qui lui sont reprochés. Bien qu’il soit clair qu’il n’a rien d’un enfant de coeur, n’accordons tout de même pas non plus une confiance aveugle aux affirmations de la presse occidentale en ce qui concerne la Tchétchénie étant donné le manque de neutralité flagrant avec lequel celle-ci médiatise la Russie.

Non, ce qui nous a particulièrement intéressé ici, c’est que le cas tchétchène complexifie notre vision de l’Islam. Il donne a voir un Islam qui se revendique supérieur à l’État mais tout en étant dévoué à la cause nationale et au président Vladimir Poutine. Les soldats tchétchènes sont pour l’essentiel des musulmans, islamistes sunnites qui plus est, et sont parmi les ennemis les plus violents des islamistes sunnites salafistes de Daesh. De plus, Poutine est parfois représenté comme le chevalier catholique luttant contre l’Islam, alors même qu’il sponsorise le développement d’une république islamiste au sein même de la Russie.

En ces temps où la peur (parfaitement légitime) pousse à simplifier les conflits sociaux jusqu’au ridicule, les sunnites tchétchènes (dont on parle très peu) nous permettent d’aiguiser notre lecture géopolitique actuelle. Et pour finir, une danse entre Kadyrov et Depardieu. C’est cadeau.

– Lain Auser