Erythréens. Focal sur un important flux migratoire.

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Les érythréens sont la deuxième population la plus représentée dans les flux migratoires récents, parmi les migrants au niveau européen, et la plus représentée en Suisse. Selon l’ONU, ils seraient 3000 par mois a quitter le pays. Rien qu’en Suisse, entre janvier et novembre 2016, le secrétariat d’État aux migrations (SEM) a enregistré 4758 demandes d’asile de ressortissants érythréens. En 2016, l’asile a été accordé à 44.5% de ceux-ci.

En plus du traitement des demandes d’asile, le SEM soutient également les adolescents en Érythrée pour leur permettre de terminer leurs études secondaires. Ceci a pour but de leurs permettre d’entrer dans la vie professionnelle, sans quoi, ils auront de grandes chances d’être mobilisés pour le service militaire érythréen qui dure 18 mois, et peut se prolonger selon certain, jusqu’à 40 ans.

Une fois que les érythréens désertent du pays, ils doivent encore payer une taxe de 2% sur leur revenu, au gouvernement érythréen. Selon un article du Temps, ceux qui refusent de la payer perdent tout droit d’acheter ou de conserver des terres, tout espoir de faire des versements aux proches, ou même par exemple d’organiser des funérailles.

Les premières remises en question

L’accueil des migrants érythréens semblaient couler de source, jusqu’à l’histoire des vacances érythréennes [ici]. En effet, entre 2000 et 2014, près de 62’000 réfugiés ont pu sortir de Suisse pour des voyages à l’étranger [ici], principalement des somaliens et des érythréens. Ses sorties du territoires ne sont pas non-officiel, elles ont été acceptées par le SEM. Selon Marcel Suter, président de l’Association des services cantonaux de migration (ASM), ce sont surtout les érythréens qui ont accès à cette pratique, puisque 15’158 dossier pour voyage ont été déposé en 4 ans et demi. Et comme le rappel Martin Reichlin, porte parole du SEM, si ces personnes sont à l’aide social, alors c’est au Canton de payer. Hors, les érythréens qui habitent en Suisse depuis moins de 6 ans sont 91 % à percevoir l’aide sociale.

post-card-from-eritrea_156Partir dans un pays étranger est une pratique légale, toutefois il est illégal de retourner dans son pays d’origine sauf cas exceptionnel (maladie d’un proche, etc..) puisque l’on est logiquement pas sensé se rendre fréquemment dans le pays qu’on fuit. La diaspora érythréenne, explique toutefois que les ambassades du Soudan et de l’Égypte émettent des passeports pour que les réfugiés puissent revenir dans leur pays en toute discrétion, c’est-à-dire en passant par un pays tiers.

Bien-sur, l’UDC s’est empressé de dénoncer ces pratiques. Elles constituent, selon eux, la preuve que les migrants érythréens sont avant tout des migrants économiques. Pour couper court à ces discours et établir la vérité sur cette affaire, le 21 et 23 janvier, une délégation suisse a accompli un « voyage de service » conduite par Urs von Arb, vice directeur du SEM, et l’ambassadeur Suisse au Sudan Martin Strub, qui représente aussi la Suisse en Érythrée. Ils ont rencontré des représentants du gouvernement ainsi que des organisations internationales, plusieurs ambassadeurs européens et africains.

Cette idée de voyage de service, fait suite aux expériences du Danemark. Celui-ci qui n’abritait qu’une petite communauté érythréenne de 580 personnes, a vu soudain arriver 2’2285 érythréens rien qu’entre janvier et novembre 2014, ce qui a provoquer une réelle panique. Estimant que les rapports sur l’Érythrée ne dépendait que du discours des réfugiés en question, le pays a envoyé 3 analystes en mission sur place. Le but était sutout d’examiner le service national, puisqu’il constitue la cause principale de départ des érythréens.

Le rapport du Danemark à fait de nombreux échos, puisqu’il concluait que le régime se montre à présent plus laxiste avec les déserteurs qui rentrent au pays, si ceux-ci ont payé la taxe de 2% et signent une lettre de regret. Toutefois, la délégation n’a pas pu visiter les prisons et ne peut donc confirmer ces dires.

Selon l’émission Rundschau de la télévision alémanique, la délégation suisse a donné du crédit au rapport danois de novembre 2014.

Souhaitant éclaircir davantage ce sujet, un autre voyage à été organisé. Avant même son départ, celui-ci a reçu de nombreuses critiques. Dans cet entretien de Claude Béglé [ici], il précise qu’il est parfaitement conscient que le gouvernement en place tentera de lui montrer le côté positif de l’Érythrée. Toutefois, ce vaudois peut compter sur son expérience au sein du CICR pour ne pas se faire avoir. De plus, il précise que le voyage est à ses frais, le but est véritablement de comprendre la situation érythréenne, de voir par lui-même. Le voyage comprend le PDC vaudois Claude Béglé, l’UDC zougois Thomas Aeshi, la socialiste argovienne Yvonne Feri, et la conseillère d’État verte argovienne Susanne Hochuli.

topelement A son retour, Claude Béglé est clair : « Des ONG ont exagéré sur l’Erythrée »[ici]. Celui-ci raconte avoir rencontré le conseiller du président, les ministres des Affaires étrangères, de la Communication, de la Santé, de l’Éducation, le gouverneur d’une région. Mais aussi toute une série d’Ambassadeurs qui n’ont aucune raison de faire l’éloge de l’Érythrée, la représentante des Nations Unies et des personnes du CICR. Se tenant à ses promesses, Claude Béglé a également rencontré le directeur de l’hôpital d’Asmara et des réfugiés revenus dans le pays. Au delà des personnes qu’on lui a présenté volontairement, il est bien-sur sorti sur le terrain, pour voir aussi ce qu’on ne lui montre pas spontanément.

L’Érythrée est pour lui, définitivement, bien loin d’une prison à ciel ouvert. Il précise également que les gens sont dévoué à leurs tâches et qu’il y a en fait, assez peu de corruption à haut niveau. Les difficultés financières viennent du fait que le gouvernement a voulu créer une petite île en autarcie. L’égalité est également assez impressionnante, puisque la différence maximal des salaires n’est que de 1:8.

Il y a donc ici un mixte entre une idée totalitaire et égalitaire de ce que devrait être l’indépendance politique. Les gens sont honnêtes, convaincu de leur bon droit, et étonnés que la communauté internationale les aient mis au ban. Bien-sur qu’il y a certaines violations des droits de l’homme qui ne sont pas a minimiser, mais elles semblent assez faible pour un pays Africain.

La conclusion de Claude Béglé correspond aux craintes des opposants au voyage de cette commission parlementaire. Comme il l’explique dans un entretien au tdg [ici], « […] La principale raison pour laquelle des jeunes partent est le manque de perspectives. Ces jeunes regardent la télé, ont Internet et ils ont envie d’autre chose que de la révolution à grand-papa. J’ai lu tous les rapports. J’essaie de rester neutre.« 

Claude Béglé donne également le résultat de ses observations au Grand Angle de TV5 Monde que vous pouvez écouter [ici]

Pourquoi ce traitement médiatique ?

Pourquoi l’Érythrée est-elle décrite par toute la presse occidentale comme un Enfer mi-prison, mi-caserne ? Pourquoi les nombreux réfugiés qui viennent en Europe souscrivent-ils à ce discours ? Pourquoi les rapports des droits de l’Homme s’acharnent-ils sur ce pays alors que de si nombreux pays africains lui sont bien supérieurs que ce soit au niveau des violences faites à la population ou la corruption au sein de ses élites ?

Pour cela il nous faut rapidement redresser l’histoire de l’Érythrée. Nous ne savons rien de l’Érythrée puisque les médias occidentaux n’en parlent pratiquement jamais, et lorsqu’ils en parlent c’est pour dénoncer une dictature terrible.

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Ce pays est situé dans la corne de l’Afrique. D’abord colonisé de 1890 à 1981 par italiens, puis par les britannique jusqu’en 1952, le peuple érythréens se retrouve ensuite sous le joug éthiopien. Au début du XXème siècle, l’Éthiopie a en fait été dessinée par les pouvoirs coloniaux. Dans la lignée de la doctrine Nixon (les pouvoirs impériaux doivent trouver des agents locaux pour faire le travail à leur place), l’Éthiopie est donc un agent pour le bon déroulement de l’agenda impérialiste colonial. Ainsi, au début des années 60, la résistance s’organise et se regroupe sous la bannière du front de libération du peuple érythréen (EPLF). Dans ce groupe révolutionnaire paramilitaire, les femmes combattaient également.

eplfEn 1974, l’Empereur d’Éthiopie Selassié est renversé. L’URSS entre en jeu et soutien le nouveau pouvoir éthiopien. La répression infligé au peuple d’Érythrée n’en devient que plus violente. La junte militaire massacre bon nombre d’érythréens à Asmara. Encore et toujours, l’EPLF maintient son programme révolutionnaire et continue la lutte armée pour l’indépendance. Il aide, soigne, éduque et organise la population en vue de la construction d’une nouvelle société. Au début des année 1990, le front de libération du peuple d’Érythrée est dans la dernière ligne droite avant la victoire et l’indépendance. L’armée éthiopienne perd le contrôle de l’Érythrée mais avant de se retirer, l’Éthiopie bombarde au napalm la ville portuaire de Massaoua.

afeworkiAprès leur victoire, les érythréens se prononcent par référendum pour l’indépendance et élisent leur président. La nation peut enfin prendre en main son histoire.

Ce que les médias ne disent pas, c’est que l’Érythrée est un des premiers pays Africain à atteindre les objectifs du millénaire. Fixé en septembre 2000 par une Assemblée extraordinaire de l’ONU, 8 objectifs doivent être atteint avant 2015.

  1. Éradiquer l’extrême pauvreté et la faim
  2. Universaliser l’éducation primaire
  3. Promouvoir l’égalité hommes/femmes
  4. Réduire la mortalité infantile
  5. Améliorer la santé maternelle
  6. Combattre le SIDA, la malaria et les autres maladies
  7. Respecter l’environnement
  8. Développer le partenariat global

Si le pays atteint ces objectifs, c’est parce qu’ils étaient déjà présent dans le programme de l’EPLF.

Indépendance du pays

Pour assurer l’indépendance du pays, il faut que celui-ci œuvre efficacement à sa reconstruction. C’est pourquoi le service militaire dont les médias parlent, n’est pas un service en arme aux frontières du pays comme beaucoup l’imaginent. Une grande part des individus en service militaire travaillent dans les hôpitaux, dans l’éducation, dans la construction de barrage, de systèmes d’irrigations, dans des programmes de reforestation et surtout dans l’agroécologie puisque l’autonomie d’un pays passe avant tout par sa souveraineté alimentaire.

Revenons alors à notre question, pourquoi tant de mensonge au sujet de l’Érythrée ? Pour Michel Collon, le traitement médiatique de la presse occidentale, lui rappelle la diabolisation faite à tous les gouvernement (Cuba, Vénézuéla, Bolivie) qui ont essayé de suivre une voie indépendante de la banque mondiale, du FMI et des multinationales. Quand le gouvernement décide uniquement de servir les intérêts de son propre peuple, il va se retrouver diabolisé.

Le président de l’Érythrée rapporte en effet qu’en 1993, directement après l’indépendance du pays, une délégation de la banque mondiale est venue dans le pays. Affirmant qu’ils souhaitaient rédiger le programme pour le pays. Ce programme incluait bien entendu une politique de développement. Au grand étonnement des délégués, le gouvernement érythréen à refusé. Ils ont alors affirmé qu’en Afrique, personne n’écrit son propre programme. L’Érythrée possède le tord de refuser le discours tacite de l’Occident : Vous êtes des bons à rien, nous allons vous nourrir.

Si la banque mondiale et le FMI veulent absolument écrire le programme des pays africains c’est surtout pour pouvoir l’écrire à leurs propres conditions, et ces conditions sont évidemment dictées par des intérêts particuliers.

29-oct-2011-camp-lemonnier3 L’Érythrée avec 1’300 km de côte en mer rouge, est en face de l’Arabie saoudite et du Yémen. De plus, l’Érythrée possède plus de 300 îles. Les États-Unis voudraient y installer bon nombre de bases militaires comme celle qu’ils ont déjà à Djibouti. Aussi, l’Érythrée est pleine de ressources, puisque de nombreux forages produisant du gaz et du pétrole ont été découvert dans ce coin de l’océan indien. Pour toutes ses raisons, l’Érythrée serait une position géostratégique parfaite pour les Etats-Unis. Ils veulent y accéder, avant que ce soit les compagnies asiatiques qui les possède.

Toujours selon Michel Collon, chaque fois qu’un pays se trouve être la cible des États-Unis de part ses ressources ou sa position stratégique, celui-ci finit par être diabolisé. Ceci est récurant et peut sans problème être validé par l’histoire. La diabolisation précède chaque guerre, chaque agression. Nous croyons recevoir des informations qui viennent de journalistes indépendant, hors George Soros finance l’International Crisis Group [ici], Human Rights Watch [ici], Avaaz [ici], etc.. Ces gens diffusent des campagnes, des rapports et des informations. Et les journaux comme Le Monde, Libération, le New York Times ou les grandes télés comme la BBC, TF1, etc.. les reprennent. Ces informations sont présentées comme venant d’experts indépendants. Les gens doivent se rendre compte que derrière l’information il y a des intérêts, il y a de l’argent.

Michel Collon a participé à un excellent reportage sur le front de libération érythréens, sur la situation actuelle en Érythrée, et sur les causes de sa diabolisation.

Erythrée Viens et Vois from Petit Oeil on Vimeo.

Histoire géostratégique du pays

Mohammed Hassan, spécialiste de la géopolitique et du monde Arabe, explique que la plus grande base américaine en Afrique, et la plus grande base française, se trouvent à Djibouti [ici]. Le président de ce pays, Ismail Omar Guelleh, ne se maintient au pouvoir que grâce au soutien des puissances étrangères, il n’a aucune base sociale, et la stabilité du pays est donc extrêmement fragile. Guelleh est donc totalement dépendant de Washington.

Hors, la vision de l’Afrique qu’a l’Érythrée est celle d’un continent totalement débarrassé des puissances étrangères. Toujours selon Mohammed Hassan, les États-Unis craignent que la vision  érythréenne ne fasse des adeptes dans la Corne d’Afrique. Déjà à l’époque, si l’Érythrée était rattachée à l’Éthiopie (pays avec lequel il ne s’entend pourtant pas du tout), c’est parce que l’Éthiopie était un allié de Washington, et qu’avant la surveillance satellite, l’Érythrée était parfaite pour installer les systèmes d’écoutes à portée limitée, afin d’espionner ce qui se passait en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Golfe et même dans certaines parties de l’Union soviétique.

Ainsi, en 1950, sur décision de l’ONU et suivant la volonté des États-Unis, l’Érythrée devient une entité autonome fédérée à l’Éthiopie. Deux systèmes totalement incompatible deviennent donc obligé de vivre ensemble. Cette étrange cohabitation allait indirectement conduire à une tentative de coup d’État des Érythréens contre l’Empereur Sélassié. Empereur sous lequel, le régime était féodal, sans Constitution, où l’esclavage était encore pratiqué et où il n’y avait pas de droit politique. Le coup d’État est donc tenté en 1960 lorsque l’empereur est en voyage au Brésil, mais l’armée éthiopienne ne suivit pas, et l’opération échoua. Si le coup d’État a échoué, c’est également parce que grâce à Israël, l’Empereur en voyage pu rapidement établir un contact avec un général et faire capoter la rébellion. L’Europe n’est pas en reste, puisqu’elle aussi soutenait l’Éthiopie en lui fournissant des armes. En 1962, l’Éthiopie annexa totalement l’Érythrée.

En 1974, après 44 ans de règne, l’Empereur Sélassié est finalement renversé par une révolution socialiste. L’Éthiopie, qui jusque là avait été un allié stratégique des États-Unis, bascula dans le giron soviétique. Moscou apporta alors un soutien militaire très important au pays dans sa répression de la résistance érythréenne. Malgré ses 150’000 hommes dans sa campagne « Étoile Rouge », l’Érythrée vint à bout de l’Éthiopie soviétique. Asmara est libéré en 1991. L’Érythrée est indépendante.

Pourquoi un tel régime ?

Aujourd’hui, l’Érythrée est la preuve qu’un pays africain peut se développer sans l’aide de l’Occident. Ce pays a choisi de mener une politique de développement sans les puissances étrangères. Le pays est dit « fermer sur lui même » puisqu’ils n’accepte pas de libre échange avec les puissances occidentales. Pour eux, si les multinationales inondent le continent africain de produits subventionnés, cela empêche les producteurs locaux de se développer. La politique Érythréenne est dure mais réaliste. Elle vise le long terme. Elle est stratégique.

La mobilisation, tant critiquée par les médias, est le ciment de ce modèle de développement. Par exemple, quand les italiens ont colonisés l’Érythrée, ils ont construit une ligne de chemin de fer reliant le port de Massaoua à la capitale. Mais durant la guerre d’Indépendance, les éthiopiens ont récupéré une partie de l’acier de cette ligne ferroviaire et l’on endommagée en construisant des tranchées. Quand l’Érythrée est devenue indépendante, le gouvernement a voulu reconstruire cet axe stratégique. Des sociétés occidentales ont proposé de prendre en charge les travaux en demandant des sommes colossales, allant jusqu’à 400 millions de dollars. l’Érythrée a répondu « non merci, nous allons le faire nous même ». Tout le peuple s’est mobilisé, jeunes, femmes, vieillards.. Et ils ont reconstruit cette ligne qui aujourd’hui fonctionne a nouveau. Le prix de ces travaux ? 70 millions de dollars. L’idée est de faire un maximum soit même sans dépendre de puissances étrangères. D’ailleurs, l’Érythrée est peut-être le seul pays au monde où il n’y a pas de spécialistes étrangers.

Une des critiques principal qui est fait au régime est que celui-ci n’est pas composé de partis politiques. Hors, les modèles occidentaux ne sont pas transposables partout de la même manière. L’idée d’un citoyen du monde sur lequel on peut copier-coller des recettes occidentales est un mythe. En Afrique, le multipartisme est considéré comme un cheval de Troie pour les impérialistes. Les démocraties occidentales peuvent ainsi lancer des candidats dans la campagne électorale qui assureront leurs intérêts en finançant leurs élections. De plus, en Afrique, et surtout en Érythrée qui contient 9 ethnies différentes, des partis ne font qu’ajouter aux divisions. La forte disparité ethnique et religieuse fait qu’il faut favoriser un système qui au contraire renforce l’unité du peuple. La démocratie est plus participative qu’électoral. Les démocraties occidental ont tendance à oublier qu’il y a plusieurs niveaux à une démocratie.

Si la presse n’est pas libre c’est également pour éviter l’invasion de puissances étrangères. En fait, il faut revenir à la réalité. Les médias privés africains n’existent pas. Pour lancer un média privé, vous avez besoin d’un important capital et vous devez concurrencer les groupes médiatiques occidentaux sur un marché libéralisé.

Dans l’émission « Et si… » sur TV5 Monde [ici], Hanna Simon, ambassadeur d’Érythrée en France, explique très bien que la mauvaise presse occidentale fait partie de l’opération de déstabilisation de l’Érythrée. Elle parle également des nombreux jeunes qui partent du pays pour se rendre en Occident. Pour elle, tout d’abord, de nombreux migrants de pays africains autres que l’Érythrée se font passer pour des érythréens car ils savent qu’ils obtiendront l’asile. Ensuite, le fait que les pays occidentaux diabolisent le pays d’où ils partent, fait qu’il serait incohérent de ne pas les accepter comme migrants lorsque ceux-ci désertent. Pour Hanna Simon, tout ceci est bénéfique pour l’agenda occidentale, puisque ainsi le pays se vide de ses forces vives. Elle reproche donc aux aux États-Unis et à l’Europe, d’attirer, via leurs politiques d’accueils, les jeunes du pays. Mohammed Assan précise encore ; Les services secret américains soutiennent cela. Ils tentent d’infiltrer la société érythréenne et incitent les jeunes à fuir le pays. L’idée derrière cela est que si la plupart des jeunes quittent le pays, l’armée sera affaiblie, l’économie ne tournera plus et le gouvernement sera renversé.

Pour Michel Collon, avec la diabolisation de l’Érythrée, on a donc tous les symptômes de la préparation d’une agression, il va arriver au peuple d’Érythrée ce qui est arrivé aux peuples d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, etc. Et le mépris avec lequel on réceptionne les discours des délégations politiques qui se sont rendus en Érythrée semble bien indiquer que la politique d’accueil des migrants éthiopiens est la première phase de cette agression.

Alors que faire ?

  1. Sortir du schéma « bon sauvage VS mauvais sauvage »
    Ce schéma est un biais bien connu en anthropologie. Lorsque nous ne connaissons pas une culture, une ethnie, une religion. En bref, lorsque nous sommes confronté à l’Autre, il existe deux biais dans lesquels nous pouvons tomber. La première est celle du « mauvais sauvage », c’est-à-dire considéré l’autre comme forcément agressif, inférieur, stupide, animal. La droite à tendance à tomber dans ce travers. C’est ce qui fait dire des phrases complètement stupides comme « ce sont tous des violeurs » ou encore « ils viennent ici pour voler notre travail ».
    Ceux qui ont peur d’être traité de raciste, tombent souvent dans l’autre biais, tout aussi dangereux. Le mythe du « bon sauvage ». Il s’agit ici de considéré que nous sommes les pires, et que les autres groupes humains, particulièrement les africains, sont mieux que nous. C’est considéré qu’ils sont plus proche de la nature, ou encore que ce sont des êtres sans défense uniquement victime des occidentaux. C’est bien souvent la ligne du PS qui les infantilise au moins autant que l’UDC les démonise. Sortir de ce schéma c’est comprendre que les érythréens ont leur propre histoire, leur propre culture, qu’ils sont le produit d’une certaine communauté, et que celle-ci tente de s’en sortir par un chemin que nous devons respecter.
  2. Encourager des délégations politiques et des journalistes réellement indépendants à aller en Érythrée. Et une fois sur place, donner la parole à un maximum d’érythréens.
  3. Faire des dons au front de libération érythréens (EPLF). Organiser un spectacle, une séance de diffusion, ou un concert et donner le tout sans contrepartie pour aider au développement des infrastructures et les rendre plus rapidement autonomes.
  4. Revoir les critères d’acceptation des migrants érythréens. Collaborer avec l’Érythrée pour inciter les jeunes à s’investir dans leur pays, commence par dissiper l’illusion d’un eldorado européen.
  5. Dévoiler les enjeux cachés en Érythrée. C’est la ligne d’action de cet article.
  6. Travailler avec le gouvernement érythréen pour que les érythréens aient envie de retourner d’eux même au pays. Vérifier que les personnes qui retournent dans le pays ne subissent pas de mauvais traitement.
  7. Mettre en place des réseaux entrepreneurial et associatif pour travailler avec les entreprises et associations érythréennes.

 

– Lain Auser

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Kadyrov et les sunnites

709355-carte-groznyLa Russie, que l’on devrait en fait appeler Fédération Russe, est composée de 85 unités territoriales qui disposent tous d’un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. En outre, certaines de ces unités sont des Républiques et possèdent de ce fait une constitution. C’est le cas de la république tchétchène.

La Tchétchénie, qui compte environ 1’400’000 habitants, fait partie du district fédéral de la Caucase du Nord. Sa capitale est Grozny. Ce que nous trouvons particulièrement intéressant, c’est que la religion dominante en Tchétchénie est l’Islam sunnite. Le peuple tchétchène est caucasien, il n’est donc pas arabe mais a été islamisé au XVIIIème. Par la suite, l’URSS a laïcisé la société tchétchène puis, après la chute de l’URSS et des guerres de Tchétchénie, l’Islam a ré-émergé au sein de la cause nationaliste.

Depuis le XIXème siècle, il y a une lutte entre les tchétchènes et les russes. Juste avant la chute de l’URSS en novembre 1991, la république proclame son indépendance. Trois ans plus tard, en 1994 l’armée russe intervient ; c’est la première guerre de Tchétchénie qui s’achève en 1996 par un retrait des troupes russes. En 1999, les troupes russes reviennent et gagnent cette fois la guerre qui se terminera en 2000. Bien que la guerre soit terminée, les rebellions, elles, n’en finissent pas. Selon l’ONG mémorial, rien que le deuxième conflit aurait fait entre 15’000 et 25’000 civils morts.

Ahkmad Kadyrov était un des chefs indépendantistes tchétchène voulant faire sécession avec la Russie. Cependant, par la suite, déclarant s’être fait tromper, il rejoindra le camps pro-russe et sera nommé chef du gouvernement en juin 2000. Il mourra lors d’un attentat terroriste à la bombe, par des islamistes tchétchènes, à Grozny en 2004. Vladimir Poutine lui donnera le titre de Héros de la Russie, et nomme son fils Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie en 2007. Tout comme son père, il sera un fervent soutien de Vladimir Poutine.

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L’Islamisme sunnite de Ramzan Kadyrov a donc la particularité d’être pro-fédéral et carrément anti-wahhabite. Ceci nous permet de comprendre que si parler d’Islamisme est beaucoup trop large, la dichotomie chiite/sunnite ne suffit pas non plus, puisqu’on a ici un exemple de combat extrêmement violent entre une idéologie sunnite wahhabite (salafiste) et une autre, adoptée par le gouvernement tchétchène, sunnite (orientée vers le soufisme).

Les réponses de Kadyrov à l’Etat islamique sont cinglantes. Il déclare que « […] Ces salauds n’ont rien à voir avec l’Islam ». Pour Kadyrov, l’Etat islamique agit sous les ordres des Etats-Unis, de l’Occident. Pour lui, « […] Ce sont des bandits, formés et armés par les États-Unis. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est le Coran et la Sounnah. Je tiens à souligner que leurs jours, ils les finiront sous les chauds rayons du soleil de Syrie et d’Irak, et qu’au premier instant de leur mort ils seront soumis à la flamme éternelle de l’Enfer ».

Étant donné que Kadyrov est d’une fidélité sans faille à Poutine, celui-ci semble autoriser en contrepartie une islamisation de la Tchétchénie. Le conflit entre la Russie et la Tchétchénie est donc réglé via Ramzan Kadyrov qui assure de la zone un soutien total à Poutine, tout en assurant un Islam qui alimente la fierté nationale et non pas les envies séparatistes.

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Ces promesses ne sont pas illusoires puisqu’en 2014 Kadyrov et 10 000 soldats s’engagent au service de Vladimir Poutine. Ses troupes sont également présentes pour aider les civiles dans la ville meurtrie d’Alep. L’engagement de ses sunnites va encore plus loin puisque selon certaines sources, les forces spéciales ont également infiltrés Daesh en Syrie pour donner des informations à l’aviation russe qui bombarde le terrain. Une méthode efficace mais qui ne laisse que peu de chance d’y survivre.

Le combat de Kadyrov contre l’Etat islamique s’inscrit dans une lutte armée contre l’intégrisme étrangé. Son père, Akhmat Kadyrov, luttait déjà contre l’inscription de la Charia dans la loi fondamentale, inscription qui avait été faite par des séparatistes laïques ayant cédé à certains islamistes.

L’organisation tchétchène est passionnante et cet article n’aborde pas du tout les nombreuses problématiques autour du clan Kadyrov. Que ce soit lorsqu’il boxe ses ministres pour les corriger, sa venue en armure à la journée de la femme ou encore la médiatisation de ses fils lors d’un combat de MMA. Bien plus grave, cet article n’aborde pas non plus les nombreux enlèvements, meurtres, tortures et extorsions de fonds qui lui sont reprochés. Bien qu’il soit clair qu’il n’a rien d’un enfant de coeur, n’accordons tout de même pas non plus une confiance aveugle aux affirmations de la presse occidentale en ce qui concerne la Tchétchénie étant donné le manque de neutralité flagrant avec lequel celle-ci médiatise la Russie.

Non, ce qui nous a particulièrement intéressé ici, c’est que le cas tchétchène complexifie notre vision de l’Islam. Il donne a voir un Islam qui se revendique supérieur à l’État mais tout en étant dévoué à la cause nationale et au président Vladimir Poutine. Les soldats tchétchènes sont pour l’essentiel des musulmans, islamistes sunnites qui plus est, et sont parmi les ennemis les plus violents des islamistes sunnites salafistes de Daesh. De plus, Poutine est parfois représenté comme le chevalier catholique luttant contre l’Islam, alors même qu’il sponsorise le développement d’une république islamiste au sein même de la Russie.

En ces temps où la peur (parfaitement légitime) pousse à simplifier les conflits sociaux jusqu’au ridicule, les sunnites tchétchènes (dont on parle très peu) nous permettent d’aiguiser notre lecture géopolitique actuelle. Et pour finir, une danse entre Kadyrov et Depardieu. C’est cadeau.

– Lain Auser

Bernard Stiegler à l’Epitech

tumblr_o2ic286s2k1rk83z9o1_500Nous partageons ici la conférence de Bernard Stiegler pour Epitech et Usbek & Rica. Le discours est passionnant et les pistes dégagées pour le futur sont nombreuses et pour la plupart en parfaite adéquation avec notre ligne politique. Nous vous proposons également ci-dessous notre synthèse d’écoute. Nous vous recommandons vivement d’écouter la conférence malgré la synthèse car de nombreux éléments nécessaires à une bonne compréhension ont été occultés.

 


Conférence audio
[ici]


[SYNTHESE DE L’ECOUTE]

Qu’est-ce que la disruption ?

  • Disruption => to disrupt = bouleverser
  • Le web a créer un phénomène de disruption, c’est-à-dire une très grande accélération de l’innovation.
  • L’innovation c’est ce qui permet le développement de la société, ce n’est pas ce qui permet de la casser. Quand il n’y a plus de société, on commence à se taper dessus.
  • Ex : Innovation « Uber » créer un vide juridique. Dans ce vide, vous n’êtes pas hors-la lois mais vous faites ce que vous voulez quand même.
  • Personne ne tient les reines de la disruption.

Comment y remédier ?

  • Il nous faut « développer à nouveau un vivre ensemble ».
  • Il faut recréer un avenir économique. 50 % des emplois sont menacés de disparition dans les 20 ans => à cause de l’automatisation et des Big Data.
  • Si on perd des emplois, l’économie s’effondre car quand il y a chômage, il n’y a plus de salaire. Sans salaire, il n’y a pas de pouvoir d’achat, donc plus de consommation. Nous allons devoir trouver un nouveau modèle économique.

Le revenu de base est-il ce nouveau modèle économique ?

  • Non, ce n’est pas le RBI qui va permettre ça. Il donne trop peu pour relancer la consommation et on ne peut pas donner au-dessus. Cela  a été étudié, ça ne fonctionne pas. Pour relancer la consommation, il faut faire ce que Ford à fait : Mes ouvriers peuvent acheter la voiture qu’ils produisent, c’est ça qui fait tourner l’économie.

Le meilleur nouveau modèle est le revenu contributif

  • Pour ça il faut un vrai revenu. « Le revenu contributif ». Revenu calqué sur celui des intermittents du spectacle. Un intermittent, c’est quelqu’un à qui on donne de l’argent, pour qu’il puisse développer ce qu’il sait faire. Nous avons besoin de ce modèle car il y aura de moins en moins d’emplois et qu’il faudra de plus en plus de gens qui travaillent.

Quelle est la différence entre l’emploi et le travail ?

  • Être employé c’est se soumettre à une procédure. Tout ça est automatisable. Les algorithmes le font mieux que nous.
  • Le travail n’est pas automatisable. Le travail n’est pas de l’emploi. C’est pour ça que les gens qui travaillent vraiment, souvent se mettent à leur compte. Professions libérales, artisans, artistes.
  • Dans l’avenir on va avoir besoin de plus en plus de gens qui travaillent et de moins en moins d’employés.

Pourquoi aurons-nous besoin de plus en plus de personnes qui travaillent ?

  • Aujourd’hui nous vivons dans l’anthropocène – nouvel ère géologique où l’homme est devenu une force plus grande que les grands équilibres de la biosphère. L’anthropocène, c’est une augmentation du taux d’entropie (augmentation de la dissipation d’énergie, tendance à aller vers la mort thermique, la néguentropie permet aux êtres vivants de différer localement l’entropie et de produire de la diversité naturelle et de la noodiversité (diversité dans la sphère de la pensée, savoirs, cultures, etc..).
  • Le travail c’est ce qui produit ce qu’aucun algorithme ne peut produire. Les systèmes automatisés nous emmènent vers une augmentation de l’entropie car les systèmes automatisés tendent à faire des systèmes fermés. La théorie des systèmes à montré qu’un système fermé, au bout d’un moment finit par s’autodétruire. C’est ça le problème de l’anthropocène. Le travail, contrairement à l’emploi, produit de la néguentropie, c’est-à-dire l’inverse de l’entropie. L’économie de demain aura besoin de beaucoup de néguentropie pour lutter contre l’augmentation de l’entropie.
  • Avec le revenu contributif, on vous donne de l’argent pour vous permettre d’accroitre votre capacité de produire de la néguentropie, la condition c’est que de temps en temps vous allez bosser et allez produire pour une usine, pour un service public comme les intermittents. Pourquoi on oblige ça ? Car si on ne redistribue pas les gains, le système ne tourne pas.

Pourquoi a-t-on besoin d’un nouveau Web Européen ?

  • Ex : Google est à la base un service d’ingénierie linguistique mais aucun linguiste ne travail pour Google. Parce que c’est une vision purement statistique du langage. Il faut un web néguentropique. Un web qui ne repose par sur la calculabilité généralisée. Le web étaient fait pour valoriser la diversité des points de vue. Quand quelqu’un a un point de vue particulier, il n’est pas calculable dans la moyenne. C’est pour ça qu’il est intéressant. Il est négantropique. Il faut réinventer un web européen qui soit un web des incalculabilités. Il faut développer des robots, mais des robots qui aident les gens à travailler (comme chez Wikipédia).

Nous entrons dans une ère post-hacker

  • Les hackers sont des personnes qui cassent les systèmes figés de domination des grandes institutions. Le logiciel libre hack la propriété industriel. Créer des communautés de savoir. Aujourd’hui ces hackers devraient élaborer de nouveaux systèmes sociaux. De nouvelles règles sociales.
  • La première vague de Hacker libertariens est aujourd’hui complètement récupéré par l’anarcho-capitalisme sauvage. Les américains n’en veulent plus. Là où Uber à le plus de problème, c’est à San-Francisco, les gens n’en peuvent plus. L’ère post-hacker, c’est une ère non plus de destruction mais de construction.

Développer de nouveaux réseaux sociaux

  • Les machines vont 4 millions de fois plus vite que nous. Elles stockent nos data. Génèrent un profit. Puis, nous orientent vers un Business Model. Dès ce moment, ce n’est plus nous qui utilisons le système, c’est le système qui nous utilise.
  • Facebook détruit le social. Incite à mettre des trucs sur votre mur qui vous fait perdre toutes vos relations en dehors de ce qui est calculé et calculable par Facebook. Donc vous n’avez plus que des relations par la calculabilité. Les grands amis sont des gens qui ont des rapports incalculables. Facebook n’est pas un réseau social, c’est un réseau anti-social. Il faut développer de vrais réseaux sociaux.

Pourquoi parler à l’échelle Européenne ?

  • L’Europe c’est le premier marché du monde. Si l’Europe se casse la gueule, Tout le monde se casse la gueule.
  • L’Europe est au bord de l’effondrement. Pour que l’Europe reparte il faut qu’elle aie sa propre vision industrielle. C’est pas du tout contre l’Amérique. Il ne s’agit pas de trouver des ennemis mais il faut créer une alternative.
  • Il faut agir à un niveau de masse. Ce n’est pas un pays seul dans son petit coin qui va faire quoi que ce soit.
  • Il faut produire de la diversité. Une diversité qui a du poids doit au moins être continentale.
  • De toute manière, le modèle de la Silicon Valley est insolvable à terme. Il est très spéculatif. Il va se casser la figure et les gens de la Silicon le savent. A Paolo Alto, les adolescents se suicident 4x plus en moyenne qu’ailleurs. Dans cette ville tellement riches, ils ne comprennent pas pourquoi. => Il n’y a pas de culture numérique aujourd’hui. La culture c’est pas le business. Je ne dis pas ça contre le business. Il faut du business pour qu’il y aie de la culture mais on ne peut pas dissoudre la culture au calculs. Ces mômes là souffrent de ça.

Qu’est-ce que la culture ?

  • Culture = Les savoirs qui font qu’on se sent bien. La culture culinaire. La culture physique. Etc..
  • Savoir ça vient de « sapid » qui veut dire saveur. Le savoir c’est ce qui donne de la saveur au monde. Quand vous savez jouer au foot, vous regarder le foot vous « goûter » le match, parce que vous savez apprécier. Il faut créer des clubs d’amateurs. Voilà ce que nous aimons, pourquoi nous aimons ça, etc.. Plateforme : ligne de temps. Pourquoi vous avez aimé ? Pourquoi vous n’avez pas aimé ? Vous ne savez plus le dire. C’est parce qu’il n’y a plus de critique. Il ne faut pas juste une mise à disposition des œuvres, mais également la créations de nouvelles pratiques sociales pour lesquels il y a aussi des business a développer. Et là il faut hacker, parce qu’il y a de gros corporatismes. Google c’est venu comme ça ? Non, c’est le résultat de 40 ans d’investissement de l’armée américain. Il faut une vrai politique internationale en Europe pour développer ce genre de chose, et au départ à perte bien entendu.

Les gens cherchent-ils la culture ?

  • Il n’y a plus non plus d’inclinaison vers ce genre de chose car ça ne se fait pas spontanément, c’est le résultat d’éducation. A la base, on allait pas à l’école pour trouver du job, c’était juste pour être quelqu’un de bien. Quelqu’un qui se sent bien et qui comprend la société dans laquelle il est. Aujourd’hui on dit « il faut apprendre à coder pour trouver du job ». Il n’y aura plus de job, donc c’est complètement con de dire ça. Il faut des gens qui font des trucs biens. Soyons positifs, il y en a. Si Wikipedia tourne avec 800 000 bénévoles c’est qu’il y a beaucoup de gens qui se disent : « Ah je vais travailler sur ce sujet ». Le logiciel libre repose sur le partage de savoir. La déprolétarisation. Quand on ouvre ces perspectives, les gens sont très partants.

– Lain Auser

Ordre Teilhardiste Européen

Complexification Teilhardiste

Celui capable d’observer les courants souterrains de l’Histoire s’aperçoit qu’au-deça du Spectacle quotidien, trois abîmes s’unissent et emportent le Monde. L’Immense, L’Infime, et Le Grand Complexe. Les deux premiers sont des mesures spatiales, le troisième s’exprime en degré d’organisation, mais tout trois possèdent ce que Hegel nommait la Loi de la transformation de la quantité en qualité. C’est-à-dire qu’à chaque zone dimensionnelle nouvelle correspond des propriétés nouvelles.

Portons notre regard sur l’infiniment petit ; il n’est plus un secret pour personne que les Lois qui structurent notre vie de tous les jours (Loi de la gravité, Loi de la thermodynamique, Loi de l’électromagnétisme, etc…) ne sont plus du tout valable au niveau subatomique comme le démontre la physique quantique et ce sont de nouvelles Lois qui régissent dès lors ce milieu. On voit donc qu’une certaine réduction de la taille (quantitatif) entraîne un changement de propriétés (qualitatif). Il en est de même pour l’infiniment grand et, nous précise Teilhard de Chardin, il en est également de même pour le Grand Complexe.

Pression démographique, intensification de la division du travail, croissance exponentielle de la puissance technologique ne sont que les effets visibles de cette complexification du Monde. L’eschatologie religieuse, la singularité technologique sont pour nous autant de désignation pour anticiper le changement qualitatif d’un monde atteignant un nouveau palier dans sa complexification croissante. L’Homme cours inéluctablement à sa synthèse qu’il le veuille ou non. Le problème de l’homme moderne, c’est donc de découvrir, parmi les diverses formes de collectivisation possibles, celle qui est la bonne c’est-à-dire celle qui prolonge le plus directement la noogénèse dont il est issus. Il s’agit d’éviter les impasses et de trouver en avant l’issue de l’Evolution.

Obligation d’un Futurisme et d’un nouvel Ordre Mondial

L’entier du spectre politique européen actuel est à des années lumières de ces considérations. Le Futur, comme tous ces topics abandonnés par la pensée contemporaine, termine dans les bras du Capitalisme marchand et devient ce que l’on nomme très justement le transhumanisme. Ce Moloch, résultant de la pensée moderne, nous ne pouvons ni l’aimer, ni nous aimer en elle. Voilà pourquoi elle nous mécanise au lieu de nous achever. Sur la pensée du futur, donc sur le Futurisme, nous avons deux convictions ; La première c’est que Marinetti aurait haï le transhumanisme, la seconde c’est qu’il aurait jugé sublime le Monde d’aujourd’hui. Sublime parce qu’il savait tout autant que Teilhard de Chardin que dans la souffrance est cachée, avec une intensité extrême, la force ascensionnelle du Monde.

Le vieux système bipolaire de la guerre froide a cédé sa place à un Monde multipolaire où les pays nouvellement développés jouent un rôle toujours plus important dans la géopolitique mondiale, les réseaux donnent à chacun une puissance inouïe, le Monde s’interconnecte comme jamais il ne l’a été (une guerre au Moyen-Orient déstabilise l’Europe), la production s’automatise chaque jour un peu plus, des algorithmes dans les serveurs de Wallstreet décident du destin d’entreprises chinoises, sans parler de la crise écologique qui force la mise en place d’une conscience collective terrestre, et par là même provoque l’avènement d’un Nouvel Ordre résultant des propriétés d’une nouvelle complexité.

Nombreux sont ceux qui refusent le Nouvel Ordre Mondial de l’oligarchie bancaire supranational mais à présent, il nous faut également affirmer Notre Nouvelle Ordre Mondial. Un Ordre qui, au lieu de nous asservir, nous rapproche et nous libère. Nous devons libérer le Futurisme du transhumanisme pour lui rendre sa substance poétique. C’est ce que nous appelons ici l’Ordre Theilhardiste. Il s’agit donc d’un Futurisme, mais soyons clair ; ce que nous appelons Futurisme n’est pas une fuite en avant, un exil spéculatif. Il est l’ici-et-maintenant délivré du passéisme. Il est ce qui permet d’être à jour sur le monde d’aujourd’hui. Il est une astuce cognitive qui permet de compenser l’inertie des représentations mentales de l’époque.

A la mondialisation standardisante, acculturante et ethnocide, nous devons opposer un universalisme particularisant. Non seulement il est impératif que les cultures ne se perdent pas, mais il faut qu’elles se développent, se magnifient, s’illuminent. Il faut qu’elles communiquent entres elles et se singularisent. Il est une erreur courante de penser que la communication engendre la standardisation. Au contraire, c’est en ayant accès à la palette des vastes couleurs du Monde que je peux au mieux façonner mes propres œuvres. Anne-Marie Thiesse à montré que la nationalisation presque simultanée des différents espaces européens étaient un phénomène collectif. Chaque nation à modelé son drapeau, son hymne, son folklore, ses récits en s’inspirant du processus des nations voisines. La standardisation actuelle des cultures sur le misérable modèle américain est l’antithèse de la fécondation inter-culturelle que nous proposons. Le premier produit le sous-prolétaire abrutis par l’industrie culturelle, le second produit les jazzmen.

Ce nouvel Ordre Mondial doit reposer sur une symétrie des puissances

Il est urgent d’intégrer que le monde se construit en permanence, quoi qu’il arrive. Le Futurisme consiste à architecturer cet avenir, il s’agit donc de savoir qu’elle forme prendra la construction future. Nous avons vu que la crise écologique (entre autre) pose un nouvel impératif : la nécessité vitale d’une coordination globale. Cette unification du Monde peut prendre de multiples chemins. Nous en retiendrons deux principaux. Soit l’absorption totale du Monde par l’Impérialisme Américain et son Idéologie (la multipolarité de la géopolitique actuelle ne diminue en rien l’américanisation des esprits). Soit l’égalisation planétaire des rapports de forces géopolitiques. A court-terme et au-delà du Bien et du Mal, le maître et son esclave sont tout autant unis que deux camardes. Si nous agissons ici pour la camaraderie plutôt que pour le rapport maitre-esclave ce n’est pas uniquement pour des raisons éthiques, bien qu’elles soient d’une importance capitale mais également et surtout pour des raisons d’Evolution de l’Espèce Humaine.

Tout le travail d’Hegel, puis de Marx et Engels est là pour le démontrer. L’Histoire ne peut aller que vers une symétrisation des rapports sociaux. Dans un rapport maître-esclave, seul l’esclave possède un rapport actif à la nature. Le maître ne possède qu’un rapport indirect, médié par l’esclave. C’est en transformant le Monde que l’on se transforme, et c’est précisément ce rapport, cette Bildung, qui fait de nous des humains. Nous sommes les moteurs de l’Histoire et le serons toujours. Les maîtres ne produisent rien, ne transforment rien, ne sont rien. Ils sont voués à disparaître. Voilà pourquoi nous préconisons la camaraderie.

En vue de la constitution d’un Ordre planétaire aux rapports de force égalisés, il est donc essentiel de s’allier d’avantage avec l’Est. La constitution d’un bloc Eurasiatique permettra l’alliance de la technologie européenne et des grands espaces Ouraliens. Il ne s’agit pas ici d’incriminer les USA. Nous considérons que les nations colonisées sont avant tout des nations colonisables. Il s’agit de tendre vers une coordination international des peuples, ce qui nécessite une certaine symétrie des puissances. Ceci est plus que jamais possible dans le monde multipolaire d’aujourd’hui. Partons de là où nous sommes, il faut donc des Nations saines qui représentent des personnes regroupées par affinités culturelles, linguistiques et historiques. Liées organiquement entre elles par la constitution d’une véritable Europe qui ne soit pas seulement économique mais aussi et surtout politique et culturelle. Europe incorporée dans un bloc Eurasiste en vue d’une égalisation des rapports de forces planétaires, ce qui ne veut pas dire troquer notre maître américain contre un maître russe mais se servir de la volonté de puissance russe pour atteindre l’indépendance européenne, tout en maintenant des échanges constants entre l’ensemble des peuples planétaires comme nous l’exige les nécessités de l’époque actuelle.

 

– Lain Auser

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La Déesse et le Roi

w-lionElle est somptueuse, flottante par delà nos sphères. Sur un trône imposant d’or massif, elle est là. D’une fière et puissante volupté. Elle est la Déesse Solaire dont il est l’esclave. Ce n’est pas un choix, c’est un destin. Et parce qu’il est sa créature, parce que sa dévotion transmute sa soumission en jouissance, il est Roi parmi les hommes. Le pied de la Déesse se confond en couronne dès lors qu’il se pose sur sa tête. Son adoration devient puissance. Parce qu’il est transcendé il s’oublie, et parce qu’il n’est plus, il est hissé parmi les cimes.

Ainsi, dans une décadence libérale devenue planétaire, se dresse l’énergie baroque du Roi parmi les ruines de l’ancien monde. Le Roi est avant tout guerrier, il est combattant des logiques adverses. Sans cesse, il aiguise sa lame et affute son regard. Il a résisté à la dictature de l’économique. Il a le souvenir de ce qu’est le politique. Il discerne les courants de l’histoire qui agissent dans les limbes inconscientes. Issue du ciel, il sait que ce qui importe, c’est de suivre sa volonté de puissance. Le bonheur paraît médiocre à celui qui sait brûler son âme.

Par sa chatoyante élégance, la Déesse est visible parfois, au travers du Roi Guerrier, sous la forme d’une dignité jaillissante. Un flot de couleurs érotiques dont la source ne peut être que les océans intérieur des plus belles mystiques.

Lain Auser

Vaille que vaille

Commencez par vous débarrasser du sentimentalisme ! Mélasse d’un temps fade où les belles émotions pataugent en noir et blanc. De la force pitié, de la force ! Votre faiblesse nous empoisonne. Vos apathies nous endorment. Votre lenteur nous plombe. Prenez Garde pauvres gens ! Il n’y a pas plus dangereux que les morts, et plus perfide que la paix. VIVONS EN GUERRE ! Encore toujours, et vaille que vaille.

Vos réseaux m’indiffèrent, bien qu’au pire ils m’amusent. Ce ne sont dans ma folie que des flux que l’on chevauche et que l’on baise. Torrents qu’endiguent nos souterrains. Torrents qui flambent et puis s’écoulent. Et puis ce rire, toujours ce rire. Devant vos rien que l’on étale. Et puis l’histoire dont on s’en fout ! Qui nous emmerde et qui s’impose.

Viens que l’on peuple ta solitude. Que l’on arme ton âme. Que l’on ouvre tes yeux à la beauté du monde.

– Lain Auser

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